Zara : Ortega passe les rênes à son numéro deux

Zara : Ortega passe les rênes à son numéro deux

Le très secret Amancio Ortega, devenu l’homme le plus riche d’Espagne grâce à sa marque de vêtements Zara, a cédé, mardi, les rênes de son empire Inditex à son numéro deux Pablo Isla, près de 40 ans après l’ouverture de la première boutique. Le conseil d’administration puis l’assemblée générale d’actionnaires, réunis au siège à Arteixo, en Galice, ont validé cette transition historique pour un groupe atypique, qui ne fait jamais de publicité et dont le patron évite soigneusement les journalistes. «C’est un jour très émouvant pour nous tous», a déclaré, les larmes aux yeux, Pablo Isla, actuel directeur général, à l’issue de l’assemblée générale. «Je voulais manifester mon admiration pour la figure d’Amancio Ortega, tant sur le plan de chef d’entreprise que sur le plan personnel et éthique», a-t-il ajouté, estimant qu’«aujourd’hui s’achève un processus commencé il y a dix ans avec l’entrée en Bourse du groupe». Comme le soulignait la presse espagnole mardi, Ortega ne pouvait pas choisir meilleur moment pour se retirer: en juin, Inditex, déjà premier vendeur de vêtements au monde par le chiffre d’affaires, l’est devenu aussi par la capitalisation boursière, dépassant le suédois H&M. Fils de cheminot, Amancio Ortega a quitté l’école dès 13 ans, pour travailler comme vendeur dans un magasin de chemises. A 75 ans, marié deux fois et père de trois enfants, il est l’homme le plus fortuné d’Espagne et septième au monde, selon le magazine Forbes, avec un patrimoine estimé à 31 milliards de dollars (22 milliards d’euros). L’homme, qui n’accorde jamais d’interview, n’a pas assisté mardi à l’assemblée générale, fidèle à son habitude. «Je veux que dans la rue, seuls puissent me reconnaître ma famille, mes amis et les gens avec qui je travaille», confiait-il à Covadonga O’Shea, seule journaliste qui a réussi à l’approcher et a écrit sa biographie. Depuis l’ouverture de la première boutique Zara en 1975 à La Corogne, Ortega a créé un véritable empire de la mode à petit prix, Inditex (Industria de diseño textil), avec comme autres marques Massimo Dutti, Oysho, Bershka…
Le groupe, qui a traversé la crise sans encombres, a vu son bénéfice grimper de 30% en 2010, à 1,7 milliard d’euros. Il compte plus de 5.000 boutiques dans 78 pays et débarquera bientôt en Afrique du Sud, à Taiwan et au Pérou. Les raisons du succès? «Il a changé totalement les rythmes de la mode», explique Covadonga O’Shea: une fois qu’un vêtement est créé, «il arrive en boutique en deux semaines en Europe, trois quand c’est plus éloigné». Pour cela, le groupe s’approvisionne à plus de 50% d’Europe et du Maroc, afin d’économiser en transport et d’être le plus souple possible. Amancio Ortega, qui mange régulièrement à la cantine de l’entreprise, ne part pas à la retraite pour autant: il reste premier actionnaire d’Inditex, avec une part de 59,3%, et garde un poste d’administrateur. Son successeur, Pablo Isla, avocat de formation de 47 ans, a été secrétaire général de Banco Popular et co-président d’Altadis avant de rejoindre Inditex en 2005. Alors que des rumeurs de presse le voient partir dans le futur gouvernement du leader de la droite Mariano Rajoy, favori des sondages pour les élections de mars 2012, le groupe a décidé de lui accorder un cadeau susceptible de le retenir: un paquet d’environ 221.000 actions. Un petit pactole de 13,8 millions d’euros au cours de Bourse de mardi. Plus tard, c’est la propre fille d’Amancio Ortega, Marta, 27 ans, qui pourrait prendre la tête de l’empire familial, où elle travaille déjà: «il la prépare très sérieusement pour prendre des postes importants», assure Mme O’Shea.

  Katell Abiven (AFP)

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