Ahmad Qoreï

Ahmad Qoreï

Des sources diplomatiques anonymes, notamment en Arabie saoudite, affirment que l’exil de Saddam Hussein est envisageable. Des publications comme le Der spiegel et le Time Magazine relayent ces informations avec des détails, bizarrement, assez précis. Du côté de Bagdad, on considère, bien entendu, tout cela comme stupide et sans intérêt. Et la boucle est bouclée. Sauf que Saddam Hussein, dans un discours à l’occasion du 12e anniversaire de la première guerre du golfe, considère, haut et fort, que les nouveaux Mongols, les Américains donc, seront poussés au suicide aux portes de Bagdad si par malheur ils s’aventurent dans une guerre dont le président irakien ne voit qu’une issue : celle de la victoire de l’Irak, de son peuple et de ses dirigeants. Voilà.
Maintenant, quel crédit accorder à cette option? Est-ce que c’est une grande opération de désinformation qui prospère comme un voeu pacifiste ou un « deal » sérieux que l’on veut mettre entre les mains de Saddam et que l’on teste timidement sur l’opinion publique internationale avant de l’installer comme une probable et crédible sortie de crise ? Pour l’instant la circonspection est de mise, mais il est évident que toute stratégie, toute proposition ou toute idée qui éloignerait durablement le spectre de la guerre est bonne à prendre. Mais ce débat comporte, quand même, un risque majeur. Si l’on conditionne l’abandon de la guerre au départ de Saddam Hussein, on la légitime en même temps en cas de refus de celui-ci de partir. C’est-à-dire que nous serons face à une nouvelle donne qui n’a plus rien à avoir avec l’origine de la crise et la manière dont les Nations unies l’ont encadrée. Il ne sera plus question d’armes de destruction massive, d’inspections internationales, ou de résolution du Conseil de sécurité. Saddam contre Bush: la crise irakienne se réduira, par conséquent, d’une manière simpliste, à un duel à mort genre Far West-ce que l’on subodorait déjà- entre deux ennemis irréductibles.
Or, le départ de Saddam Hussein est d’abord le problème du peuple irakien. Celui de la classe politique qui le soutient. Et ensuite celui des militaires qui lui garantissent sa sécurité. Les ressorts qui font perdurer le régime irakien dans sa nature actuelle dépassent de loin le cas individuel du président qui l’incarne, même d’une manière caricaturale. Bush doit savoir, ou du moins ses conseillers, qu’il ne peut d’une manière intempestive et puérile changer ou démettre un quelconque chef d’État, à travers le monde, si la tête de celui-ci ne lui revient pas. Ce n’est pas le mandat que lui ont donné les Américains. Il est difficile pour nous d’admettre que l’on soit, encore, réduit à répéter ce genre d’évidence et ce type de banalité au sujet de l’Amérique en 2003. C’est plus que difficile, c’est affligeant.

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