Alerte maximale

Alerte maximale

Les informations qui proviennent du front électoral ne sont pas réjouissantes. Elles prêtent non seulement au pessimisme mais laissent poindre les prémices d’une déception qui se confirmerait sans doute le matin du 28 septembre 2002 si les choses devaient continuer dans ce sens. Sur le terrain, nous sommes loin du contenu du discours royal du 20 août et des espoirs de modernisation et de clarification de la vie politique marocaine qu’il portait.
Les partis politiques, aujourd’hui plus que jamais, à la faveur du nouveau mode de scrutin, sont directement responsables du recrutement des candidats aux élections législatives et de la qualité et de la moralité de ceux-ci dépend en grande partie la réussite du processus de démocratisation du pays.
Ces jours-ci, dans toutes formations politiques, ce à quoi on assiste est affligeant. La typologie non exhaustive de ces comportements électoraux déviants et attentatoires à la démocratie permet déjà de constater certaines pratiques majeures. Les parachutages de personnalités nationales dans des circonscriptions électorales qui leur sont étrangères continuent en faisant des dégâts locaux immenses.
L’investiture de notabilités établies dans des fiefs indiscutables, qui ont fait le tour des principaux partis du pays, continue à être recherchée par les formations politiques au détriment de toutes les procédures internes de désignation annoncées qui devaient enrichir la démocratie partisane. Plus trivialement et, malheureusement, plus habituel, il est fait état de têtes de liste achetées par des candidats plus en mal d’immunité parlementaire que d’une quelconque volonté de participer à la vie publique du pays.
Sur le plan pratique, tous les partis sont confrontés à ce genre de dérive. L’USFP a des problèmes à Casablanca où les convulsions, cette fois électorales, de l’après 6 ème Congrès se font ressentir. Les amis, ou assimilés, de Noubir Amaoui paient cash leur fronde et cristallisent leur dépit autour de la candidature Khalid Alioua. Le cas de Mohammedia lui aussi est une énigme. L’investiture nationale d’une personnalité locale très contestée pose problème. Au RNI, les mêmes attitudes sont enregistrées. Ahmed Osman met la main à la pâte et fait des arbitrages qui paraissent souvent malheureux. À Safi, le RNI se tire une balle dans le pied au risque de perdre un poste de député qui semblait acquis. Au MP, ces dérives prennent un tour grossier et démolissent d’un seul coup tous les efforts laborieux de crédibilisation de cette formation entrepris notamment par Mohand Laenser. Les têtes de liste de ce parti à Casablanca confinent à la parodie qui méprise sérieusement les habitants de cette métropole. La candidature au nom du MP des Kouider, Kemmou, Iberkak etc. laisse les observateurs assidus prostrés. Du côté de l’Istiqlal, on constate les mêmes dérives dans principalement deux villes : Larache, dans laquelle Abbès El Fassi veut s’installer à contre-courant, et Marrakech où les instances nationales de ce parti n’arrivent pas à arbitrer les rivalités dans un sens d’efficacité, d’ouverture et de modernisation.
Quand on sait que les investitures d’aujourd’hui préfigurent la réussite pour le pays des élections de demain, on peut dire sans verser dans un quelconque pessimisme de mauvais aloi que nous prenons le chemin de l’échec. Un échec dont vont souffrir tous les Marocains, la démocratisation du pays qui se trouve privée d’un personnel politique de qualité mais dont les premiers responsables seront les partis politiques dans leur globalité. Ces derniers ne pourront plus se cacher derrière l’administration pour justifier leurs insuffisances, ils seront seuls responsables de leur malheur et de l’opprobre populaire qui va avec.
Quant à ceux qui rêvent d’un Parlement propre, rajeuni, compétent et en phase avec la difficile conjoncture qui est imposée au pays, ils pourront toujours attendre. Comme peuvent attendre aussi le médecin de Fkih Ben Salah, le dentiste de Taounate, le notaire d’Agadir, le banquier de Khouribga, le vétérinaire de Kasba Tadla, le pharmacien de Jerada ou le médecin de Sefrou. Leur entrée massive et souhaitée dans la vie politique n’est pas pour cette fois-ci. En tout cas, elle ne peut pas se faire tant que l’on continuera à recycler les ripoux.

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