Bonjour

Un lecteur vient d’attirer mon attention sur le traitement réservé par la presse au drame d’Agadir qui a vu une bonne assassiner, par étouffement, les enfants jumeaux de  sa patronne, Adam et Sarah, âgés de 3 ans. En substance, nous aurions tous rapporté les faits  sous un angle conventionnel, stéréotypé et peu intelligent. Paradigme N°1 : Les bonnes sont méchantes. Elles ne sont pas dignes de confiance. Elles ne sont pas reconnaissantes aux familles qui leur ouvrent leur cœur. Les nourrissent, les logent, les habillent. Elles sont dangereuses. Elles tuent des enfants. Cela justifie, donc, tout le mal que nous pouvons penser d’elles et qui, souvent, justifie les traitements les plus inhumains et les plus dégradants qui leur sont infligés dans leurs familles d’accueil. Une bonne — une employée de maison, sans droits ni statut — meurtrière, ce sont les portes d’une bonne conscience au rabais qui s’ouvrent sur leurs deux battants. Paradigme n°2 : L’enfance assassinée devient le pendant de l’enfance volée, celle de la bonne. Le crime justifie le crime, même si c’est à revers. Le châtiment par anticipation est largement légitimé avant la réalisation du crime lui-même. Il n’y a aucun doute sur son avènement, réel ou symbolique. Alors, vengeons-nous des bonnes, tout de suite, car elles sont capables de tout, tout le temps. Voilà, si j’ai bien traduit la pensée de notre lecteur. Nous aurions collectivement évacué un problème social de fond — les droits et les devoirs du personnel de maison à travers un statut clair et légal — en nous perdant dans une hystérie collective polarisée par le caractère odieux de l’assassinat des jumeaux d’Agadir. Un crime en miroir.

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