Ces ânes que l’on abat

Ces ânes que l’on abat

Les voyages de S.M. le Roi Mohammed VI dans l’Est du pays ont toujours revêtu une émotion particulière. Oujda, elle-même, a toujours su, à cause peut-être de sa propre fragilité et de sa sensibilité à fleur de peau, réagir avec intensité à la bienveillance royale à son égard. Le désir sincère et explicite du Souverain de désenclaver l’Oriental marocain agit sur les Oujdis comme un vrai catalyseur de leurs propres énergies. Mais aussi de leurs propres frustrations. Au-delà de la symbolique, quand la boussole de l’État indique fermement l’Est, avec une stratégie précise, de vrais projets industriels et commerciaux, de solides équipements structurants et un accompagnement social certes insuffisant, mais, déjà, si généreux, les Marocains de l’Oriental ont toutes les raisons de croire qu’ils comptent eux aussi dans le Royaume. En tout cas, le Souverain, par son engagement, renforce, sans ambages et de bonne grâce, chez eux cette perception fondée. En géopolitique nationale, si cela a un sens, la situation, parfois dramatique, de l’Oriental ne peut être dissociée des efforts lourds fournis par la nation pour le développement de nos provinces sahariennes. Un prix a été payé dans cette noble démarche patriotique, mais le coût a été, probablement, plus élevé pour nos compatriotes orientaux. La brutalité algérienne coutumière et son absence chronique de vision régionale a incité légitimement les Oujdis à choisir Laâyoune contre Tlemcen. Ce choix a été passablement compliqué – des familles de part et d’autre l’ont vécu dans leur chair – par des données à la fois culturelles et géographiques exacerbées par un fait frontalier particulièrement têtu. Le Maghreb est certes un choix stratégique. C’est le bon sens lui-même qui l’impose. Mais le soutien au développement des provinces de l’Oriental est une obligation nationale de la plus grande importance justement stratégique. On ne peut pas oublier que dans le verbeux et riche florilège anti marocain dont on crédite Bouteflika quand il est dans une situation d’instinct de conservation à l’égard des généraux qui l’ont fait ou quand il laboure l’Ouest de son pays dans la recherche d’une légitimité écornée, il y a une délectation particulière face à cette déchirure de deux peuples. Sous couvert de lutte contre la contrebande – une des ripostes humaines les plus solides dans cette région particulièrement, pour affirmer le désir irrépressible de vouloir vivre, travailler et commercer ensemble – le pouvoir algérien abat en nombre des ânes. Ils seraient les vecteurs pervers, anti patriotes et collabos de cette économie informelle. Au-delà du ridicule absolu de cette démarche qui éclaire, au passage, d’un jour inédit le rapport entre l’État algérien et sa société, on ne peut s’empêcher de constater la volonté d’Alger de continuer à faire, par tous les moyens, même les plus indignes, d’Oujda et de sa région une autre ligne de combat contre notre pays. Aussi, quand le Souverain, S.M Le Roi Mohammed VI, passe près d’une semaine -c’est important dans l’agenda d’un chef de l’État – dans cette région martyre, on comprend qu’il est en première ligne sur le seul vrai front qui vaille la peine d’un engagement total, celui du développement, de la solidarité et du bien-être des populations valeureuses et fières de l’Oriental.

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