C’est mon doigt

C’est mon doigt

Les droits de l’Homme sont au coeur de l’évolution politique du Royaume. Les avancées accomplies dans ce domaine sont considérables et placent d’emblée notre pays comme une exception notable dans la région. Le choix du respect absolu des droits de l’Homme dans l’édification d’un Etat de droit ne peut être contrarié par le seul fait – au demeurant banal dans toutes les démocraties – de la dispersion musclée d’une manifestation non autorisée constituant un trouble de l’ordre public manifeste, de la suspension d’une publication ou de la condamnation par la justice d’un journal qui verse allégrement et régulièrement dans la diffamation confondant, par ignorance, la noblesse et le style qu’impose la satire, comme genre littéraire et journalistique appréciable, et les atteintes vulgaires, basses et répétées contre l’intégrité morale des personnes, leur honorabilité et leur dignité.
Les droits de l’Homme dans un pays au formalisme juridique précaire, dans lequel l’administration est peu respectueuse des procédures, et se souciant peu des gens sont un vaste et décisif chantier que ni les bavures de ceux-là même qui doivent promouvoir ces droits, ni les provocations souvent gratuites des défenseurs patentés et professionnels de ces mêmes droits ne peuvent contrarier. Les droits de l’Homme – à l’école, dans l’entreprise, dans la rue, dans la vie de tous les jours – sont une affaire plus sérieuse pour l’avenir du pays que les polémiques stériles et les gesticulations intéressées au sujet de l’affaire Boukhari ou la pseudo-liste de l’AMDH dans laquelle la charge de la preuve incombe «étonnamment» à la justice.
Une inversion stupéfiante des valeurs qui fondent les droits de l’Homme quand ceux-ci s’appliquent à tous les hommes à moins que ceux de la liste de l’AMDH ne soient pas considérés comme tels. On avait pensé à un moment qu’il y allait y avoir dans ce pays un vrai débat sur la lecture, la compréhension, l’évaluation des années pendant lesquelles les droits d’un certain nombre de citoyens ont été bafoués, d’autre ont été privés de liberté dans des conditions parfois inhumaines ou d’autres qui ont tout simplement disparu. Notre pays n’a pas eu cette opportunité. Et c’est dommage. Pendant que, sur la base d’une volonté royale clairement exprimée, la commission d’indemnisation indemnisait, et qu’elle instruisait les dossiers qui lui sont présentés dont le nombre total, librement déposé, n’excède pas six mille, les tenants de la lutte contre l’impunité se sont installés dans une posture radicale, séditieuse et manifestement hostile à l’appareil de l’Etat et aux institutions qui le fondent.
Cette attitude agressive était portée, pour le uns, par un discours, qui la légitimait, qui était axé sur la défense de la démocratie, et les acquis de l’ouverture démocratique sans pour autant reconnaître que cette démarche à certains égards portait préjudice aux démocrates et à la démocratie elle-même. Pour les autres, le discours qui était mis en avant était plus pragmatique et avait une valeur marchande indéniable si les conditions étaient réunies comme par le passé.
Notre intransigeance sur le sujet, notre lutte implacable contre l’impunité jusqu’au dernier tortionnaire présumé est mue par notre volonté de sauver le régime, la monarchie et les institutions monarchiques. C’est parce que nous sommes sincèrement attachés à ces valeurs qu’il faut traiter avec nous, écouter nos conseils voire soutenir financièrement nos interventions. Sinon, nous ferons tout pour faire trembler le pouvoir sur son socle. Paye ou tremble. Un slogan comme un autre.
Mais le problème c’est que ce raisonnement veut anticiper sur une faiblesse des institutions et de l’Etat qui n’existe apparemment pas. On peut la faire accréditer, cette faiblesse, par des blagues de potaches, de la satire de bas étage, par le discours d’un corbeau illustre mais dérisoire, par des bouquins commandés à des journalistes faciles, sommairement et honteusement, briefés etc… mais il restera toujours que le réalité est plus complexe.
Les autres ceux qui veulent que la page soit lue, soit consignée, soit reconnue, soit enseignée, soit bue jusqu’à lie, soit célébrée solennellement mais qu’elle soit tournée – et ces gens-là se recrutent chez les démocrates, chez les progressistes, ches les libéraux, chez les conservateurs et chez tout le monde – sont considérés à cause de ce discours qui offre un avenir à notre pays, comme s’ils avaient été des matons de la prison de Kenitra, des administrateurs de Tazmamart, ou des tortionnaires de Derb Moulay Cherif.
Mais il est vrai que les silences du Palais ne sont rompus que par les courtisans malchanceux, les flagorneurs malheureux ou les obséquieux éconduits.
«Faites-moi plaisir ou je fais un malheur». Cette parole authentique, d’un soûlard de quartier, m’a définitivement éclairé sur le lien qui peut exister entre le plaisir et le malheur. Il est obscur.

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