«Dans le cadre de l’INDH»

Le moins que l’on puisse dire c’est que l’INDH, une initiative originale et pertinente est une accompagnée d’une communication calamiteuse. Cette action sur la durée qui réconcilie pour la première fois la dimension économique et la dimension sociale d’une manière, justement intelligente, est plombée dès le départ par une langue de bois sculptée dans les sottises les plus plates et les fadaises les plus maladroites.
On savait que la télévision pouvait flinguer les idées les plus lumineuses mais à ce point ce n’est pas possible. Tout commence et tout finit avec : «Dans le cadre de l’INDH».
«Dans le cadre de l’INDH », bonsoir. Nous allons vous présenter le journal de 20h «Dans le cadre de l’INDH». Ensuite, «Dans le cadre de l’INDH», notre programme sur les céphalopodes en eaux troubles et par la suite notre émission culturelle, «Dans le cadre de l’INDH», je monte une association, je décroche le gros lot. À la mi-soirée votre divertissement favori, «Dans le cadre de l’INDH», qui s’intitule : Si ma tante avait quatre roues, elle serait un autobus à Meknès. Après cela on vous propose toujours «Dans le cadre de l’INDH», la demi-finale explosive de football entre le Chabab de Sidi Moumen et le Sporting du PJD. Et pour clore nos programmes «Dans le cadre de l’INDH» quelques sourates dites par l’ancien barman repenti du bar de la marine au Maârif. Mais tout de suite, une page de publicité associative payante et «Dans le cadre de l’INDH», la météo. «Dans le cadre de l’INDH», bonne soirée.
C’est à peine exagéré, mais ça ressemble beaucoup à cela. On ne peut plus bouger sans qu’un «Dans le cadre de l’INDH» bien pesé ne vous tombe sur la tête. Même les mendiants s’y mettent ! T’as pas un dirham mon frère «Dans le cadre de l’INDH» ? Les gardiens de voitures, les filles de joies, les marchands ambulants, les cireurs etc. Toutes les catégories classiques de pauvres habituellement sympathiques et tranquilles s’excitent, désormais, «Dans le cadre de l’INDH». ça ne va plus être possible, il faut faire quelque chose.
La machine à vider de son sens toute initiative louable est en marche. L’exubérance inutile, la surenchère, la logorrhée, le bavardage détruisent tout. Alors que faire ? Justement, il faut, tout simplement, faire l’INDH et surtout être plus mesuré. Le Roi est sur tous les fronts, le gouvernement, en gros bosse plutôt bien, le pays est un énorme chantier, les Marocains font des efforts malgré toutes les difficultés du monde. Ce qu’il nous faut c’est juste un peu moins de ce tintamarre inutile que seuls nos médias publics peuvent fabriquer.
Demain on va demander à un type pourquoi il a volé des verres de cristal dans un palais royal, le gars va répondre insolemment : c’est «Dans le cadre de l’INDH». Si on ne fait pas attention, on va arriver assez rapidement à ce type d’excès. À propos de verres de cristal j’ai envie, «Dans le cadre de l’INDH», d’offrir gentiment un poème à Fadel Iraki. Ce texte que tous les Marocains connaissent est tiré d’une chanson intitulée Kas El Belar, de 1964, chantée par Fatah Allah Lamghari. La traduction est de Ali Tzilkad.
«Chaque fois que le verre de cristal se dissimule à mes yeux. Mon coeur s’angoisse. De crainte pour ce qu’il risque. De maisonnée en maisonnée, il passe. De main en main, il circule. Et moi, je transis dans son attente. Ô verre, ton prix est cher. Et les gens ne s’en rendent pas compte. Tout le monde fait comme moi. Il se désaltère et t’abandonne. Ne t’absente pas Ô mon verre. Ne parle à quiconque d’autre de tes escapades. Et de ton retour. Reviens à moi. Redeviens ce que tu as jadis été pour moi.»
Allez Fadel, sans rancune et méfie-toi des brocanteurs. Ces derniers temps, «Dans le cadre de l’INDH», ils fourguent n’importe quoi.

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