De la performance en politique

De la performance en politique

L’agence de presse marocaine, MAP, rapporte des propos tenus par Mme l’ambassadeur des Etats-Unis au Maroc, Mme Margaret Tutwiler, à la télévision marocaine, mercredi dernier, qui ne manquent pas d’intérêt. Elle a affirmé que le groupe de négociateurs marocains au premier round des négociations sur l’accord de libre-échange (ALE) USA-Maroc, qui a eu lieu récemment à Washington, était très performant en comparaison avec les autres partenaires avec lesquels les Etats-Unis ont conclu des accords similaires.
Il y a de quoi être fier. Très fier, sauf que Margaret Tutwiler, en femme de résolution et d’engagement, une professionnelle, ne lance jamais des compliments par hasard. Bien au contraire, me diriez-vous. Elle est très au fait de ses responsabilités pour s’amuser à distribuer gratuitement des bons points rien que pour faire plaisir ou pour le plaisir de plaire.
Mais pour comprendre, Il faut se rappeler que le premier contact qu’ont eu les Américains avec notre délégation de négociateurs étaient désastreux. Pour nos partenaires, l’amateurisme et l’incompétence semblaient caractériser notre première équipe. Les Américains l’ont dit à qui voulait les entendre avec beaucoup de gourmandise. Sur ce, S.M. le Roi nomme solennellement Taieb Fassi comme interlocuteur unique pour la négociation et celui-ci se fait entourer de treize experts spécialisés dans des secteurs précis, voire parfois dans un produit déterminé. C’est cette équipe qui, aujourd’hui, se fait féliciter, ostentatoirement. Ce qui nous flatte réellement, pour paraphraser George Bernard Shaw, c’est que Margaret Tutwiler nous juge dignes d’être flattés. Dans le texte et par courtoisie pour Mme l’Ambassadrice, cela donne: «What really flatters a man is that you think him worth flattering.»
Mais au-delà de ces amabilités, nous, en tant qu’arabes, forcément retors et fourbes, on ne s’empêche pas de penser que toutes ces appréciations laudatives et porteuses d’espoir sur l’accord de libre-échange sont destinées à nous faire oublier que Doublevé Bush a décidé de frapper l’Irak dans une guerre que les Marocains condamnent avec la dernière énergie. L’ALE avec les États-Unis ne peut servir de compensation ou de facteur de «compréhension» d’une guerre illégale contre l’Irak que l’opinion publique internationale rejette. Il n’y a aucun rapport.
Le Mexique, pays voisin des Etats-Unis, lié à ce pays par un accord consistant de libre-échange, a une analyse divergente sur la guerre en Irak. Il exprime souverainement son point de vue et vote en conséquence aux Nations-unies. On le voit bien; rien n’est mécanique dans cette affaire. La Grande-Bretagne et la France n’ont pas non plus la même approche. Le Maroc et l’Espagne non plus. Mais de là à tomber dans des relations captives ou conditionnelles, il y a un pas que nous ne voulons pas qu’il soit franchi. Pour la dignité des uns et des autres et pour leur intelligence aussi. L’ALE est une affaire d’avenir et d’intérêts mutuels bien compris. La guerre d’Irak, quant à elle, est une conjoncture, une très mauvaise conjoncture pour tout le monde, sur laquelle personne ne peut se régler. Même pas, si j’ose dire, hormis Bush, les USA eux-mêmes.

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