Des bonnets et des chapeaux…

Ça y est, le Maroc a retrouvé la croissance. Pas encore sur le terrain « réel » de l’économie avec ses chiffres implacables et sa réalité têtue. Mais dans la presse, celle qui s’occupe de la communication du Premier ministre, c’est fait…La croissance est bien là. Alors ceux qui ne savent pas encore à qui l’on doit ce miracle et à qui dire merci, c’est au gouvernement qu’il faut qu’ils s’adressent et à Driss Jettou en particulier. Bravo donc et chapeau bas. Maintenant que les félicitations d’usage ont été expédiées, on peut passer à autre chose. Que nous disent les agents de communication du Premier qui pour l’occasion se sont transmutés en INSEE du pauvre ? Que nous disent-ils de cohérent, de sérieux ou de crédible ? Rien de particulier, sauf qu’il pleut sur le pays. Mais cela, on n’a pas besoin de se mouiller outre mesure pour le constater. Quand il pleut, il pleut. C’est un fait aussi tangible que quand il ne pleut pas. Le reste, c’est de la bouillie de chat. On apprend que le monde des affaires – lesquelles ?- a été choqué qu’il soit naturellement demandé à Driss Jettou de se conformer aux résultats d’élections municipales particulièrement calamiteuses qui ont vu sa majorité se compromettre dans de viles alliances. On apprend aussi, et cela c’est plus comique, qu’une partie de la classe politique et le monde des «courtisans» s’étaient joints d’où le fameux choc du monde des affaires – on ne sait toujours pas desquelles il s’agit – pour réclamer le limogeage du Premier ministre. On passe sur une «partie de la classe politique». C’est son problème. Mais le «monde des courtisans» mérite que l’on s’y attarde un peu. Parce que là, nous sommes face à un vrai flagrant délit de contrebande « intellectuelle» si on peut ainsi nommer cette esbroufe. On veut nous vendre avec une insolence inégalée un pur produit du sérail, justement courtisan, Si Driss Jettou lui-même, comme un authentique produit d’un processus démocratique éthéré dans lequel idéalement, et comme par miracle, les alliances sont solides et les institutions sont « sûres et rationnelles, respectueuses des choix des électeurs ». De qui se moque-t-on ? On connaît trop bien les contraintes que peut imposer un argumentaire limite comme celui-là mais, nier les faits, maquiller une histoire personnelle archiconnue, faire du révisionnisme politique primaire ou masquer la triste réalité de notre vie politique c’est, tout simplement, au mieux de la communication, au pire de la malhonnêteté. Les lettres de noblesse de notre Premier ministre, à la différence, par exemple, d’un Abderrahmane Youssoufi, il ne les a obtenues ni dans les affres d’une opposition blanquiste au régime, ni avec une lecture hardie de notre constitution, ni avec une contribution théorique décisive et majeure en droit constitutionnel, ni avec une action politique novatrice, tenace et de longue haleine, susceptible de refonder la vie politique nationale. Non. Ces amis zélés d’aujourd’hui, savent, même s’ils feignent de l’ignorer – mais ils ne trompent personne – que l’essentiel de sa «visibilité politique», il la doit à sa présence dans l’orbite, sur les marches, sur les marges ou dans le giron du Palais. C’est-à-dire, effectivement, la Cour, si cette appellation est pertinente dans la monarchie marocaine. Opposer aujourd’hui Driss Jettou à un supposé monde des courtisans, c’est prendre le risque majeur de vider tout son parcours personnel de sa substance et lui faire perdre des lettres de noblesse, chèrement acquises, celles-là mêmes qui ont présidé à sa désignation – en dehors des partis politiques – comme Premier ministre. Quant à la croissance, si elle est vraiment là, nous serons les premiers à nous tourner vers Dieu, Le Tout-Puissant, pour le remercier de Ses bienfaits pluviométriques inestimables et pour Le louer d’avoir choisi ce paisible pays pour y matérialiser, comme une preuve absolue de Sa miséricorde envers les croyants, la gouvernance parfaite et idéale. Amen.

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