Des hommes d’honneur

Aujourd’hui, nous n’avons, pour la plupart, ni les moyens intellectuels, ni le recul politique utile et nécessaire, encore moins l’honnêteté intellectuelle pour évaluer sereinement le formidable travail de «déconstruction-reconstruction» accompli par l’IER.
Cette instance a livré ses travaux. Son rapport sera rendu public dans les jours qui viennent. Mais on peut, d’ores et déjà, affirmer que les membres de cette instance ont accompli un travail de fond qui va au-delà de la réappropriation de la mémoire et la reconquête du passé en mettant ces deux processus à l’épreuve de la reconnaissance et de la réparation.
Le travail de fond de l’IER est la création des conditions objectives et souvent sans concession pour une refondation des rapports entre l’Etat et le citoyen. En révélant d’une manière méthodique les stigmates de la torture, de la disparition forcée et des formes instituées de négation des droits humains, l’IER a fait parcourir à notre pays un chemin qui n’était peut-être pas prévu par sa feuille de route initiale.
Bien sûr, autant Driss Benzekri, le président, que les autres membres de l’IER ont fait l’objet d’attaques personnelles indignes et de procès en sorcellerie instruits par des «résidus» du gauchisme blanquiste entretenus par une frange suicidaire et repue du patronat marocain, des nihilistes aigris, travaillés par la haine d’eux-mêmes, du pays et de ses institutions ou des mercenaires minables et ordinaires qui font florès dans toutes les périodes de transition.
L’IER a subi ces attaques ignobles sans se détourner de ses objectifs et sans se tromper sur l’évaluation précise, et intime, de la période historique que nous vivions. Ceux qui font frénétiquement commerce, au Maroc et à l’étranger, avec l’intérêt national et les exigences de la nation, avec les aspirations à une citoyenneté rénovée et les choix de démocratie et de modernité du pays en ont eu pour leur frais. Le plus paradoxal – au-delà de nos adversaires «professionnels» ou ceux qui font carrière dans l’anti-Maroc – c’est que les observateurs les plus sévères et les plus volontairement insensibles aux progrès faits par le Maroc ont été obligés de reconnaître que les travaux de l’IER constituent non seulement une avancée considérable pour le pays mais également un modèle pour les pays arabes, africains et musulmans.
Mais la plus grande des satisfactions n’est, finalement, pas à tirer d’une quelconque reconnaissance internationale. Ce qui importe pour nous, c’est que ce processus de réconciliation et de mise à niveau globale des rapports sociaux et institutionnels soit endogène et qu’il aboutisse à une modernisation profonde de l’Etat marocain. Ce qui importe aussi pour nous, c’est que cette dynamique voulue, et non subie, a été initiée par SM le Roi Mohammed VI, qui a agi sur ce point en catalyseur des exigences et des aspirations d’une nation. Que ce processus ait été confié à des hommes d’honneur auxquels la patrie est reconnaissante, dénote d’une volonté sincère et résolue de rupture avec un passé douloureux. Finalement, que le chef de l’Etat, lui-même, soit l’initiateur et le garant de ce processus, voilà qui fait de l’expérience marocaine en justice transitionnelle un cas d’école et lui confère une spécificité remarquable. Nous pouvons tous être fiers de cette exception vertueuse marocaine.

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