Édito

La position du Conseil de sécurité des Nations unies sur l’affaire du Sahara marocain est un vrai tournant historique. Le Conseil rejette l’option de l’indépendance au motif qu’elle est irréaliste. Il invite les parties à discuter, à négocier et à mettre en œuvre l’offre d’autonomie sur la base du projet marocain. La situation est, désormais, claire. Cependant, elle a des conséquences tranchantes, ou siccatives, sur les parties qu’il faut souligner.
D’abord pour ce qui concerne le Maroc. L’offre d’autonomie n’est plus une déclaration d’intention. Un exercice intellectuel ou une manœuvre politique d’un Etat qui voit sa territorialité contestée par des séparatistes. Elle devient un choix stratégique qui engage l’avenir de la démocratie, de la régionalisation et de la modernité dans notre pays. La réforme et la mise à niveau de nos institutions viendront, donc, du Sud. Une rénovation de la monarchie marocaine telle qu’elle est portée par le projet de SM Mohammed VI. Un défi de règne, comme il est dit. Notre vieil Etat makhzénien, centralisé est amené, partout, à lâcher du lest et à se penser d’une manière plus «fédérale» que jacobine — ce qui est, pour les historiens sérieux, dans sa vraie nature. Le rêve de Mustapha El Ouali, le fondateur romantique du Polisario, mort prématurément, de changer le Maroc, et de faire en sorte que les Sahraouis soient considérés dans leur propre pays — le Maroc — se réalisera au final, mais pas dans la version séparatiste que le pouvoir algérien a voulu imposer.
D’un autre côté, la décision du Conseil de sécurité impose au Polisario, aujourd’hui, de négocier vite et bien sans trainer. Plus ils tarderont à accepter cette nouvelle réalité, plus ils perdront la main face aux Sahraouis unionistes, majoritaires, qui n’ont pas l’intention de se laisser faire. Les unionistes refuseront — et ils ont des arguments solides pour cela — de voir leur loyauté amoindrir leur poids dans les institutions de la future autonomie. Le Polisario verra, assez rapidement, qu’il lui sera moins dur de négocier avec l’Etat marocain des modalités de l’autonomie qu’avec ses frères sahraouis unionistes légitimement exigeants.
Enfin, pour ce qui est de l’Algérie, la résolution du Conseil de sécurité est une occasion unique et historique pour tourner toutes les pages douloureuses du passé. 1 – Normaliser ses relations avec un voisin «incontournable» en optant pour une solution — ni vainqueur ni vaincu — dans un conflit factice de 35 ans. 2 – Pousser à une vraie unité régionale au Maghreb dont l’absence devient un handicap collectif et une impotence rédhibitoire pour tous. 3 – Encourager un modèle démocratique qui demain pourra être utile pour déverrouiller le pays et pour installer la paix sociale et politique notamment en Kabylie.

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