Edito : Bouteilles à la mer

Edito : Bouteilles à la mer

A la faveur d’une récente conversation à bâtons rompus avec un haut cadre d’une grande banque, notre interlocuteur s’arrête soudain sur une question qu’il pose sur un ton très grave : «Comment se fait-il qu’au Maroc où on nous dit depuis des années que le taux d’inflation ne dépasse que rarement les 2%, le niveau général des prix soit élevé par rapport à d’autres pays de la région ?».

La question est, en effet, importante au vu des sujets de l’heure et de la conjoncture actuelle. En fait, il ne s’agissait pas d’une question mais beaucoup plus d’une affirmation dont l’auteur, en l’occurrence notre interlocuteur cadre supérieur, semblait sous-entendre qu’il y avait anguille sous roche. Le questionnement est certes pertinent. Mais en poussant un peu plus la discussion, on découvre aussi quelques surprises. Ainsi, quand on demande à notre interlocuteur s’il a connaissance des niveaux des prix des produits de grande consommation dans d’autres pays et s’il a procédé, même sommairement, à une recherche comparative avant de porter son jugement, la réponse est NON. Quand on lui pose la question sur ce qu’il sait du taux d’inflation au Maroc, ce qu’il englobe et comment il est calculé, point de réponse.

Or, depuis au moins une quinzaine d’années, le volume d’informations et de communication quotidiennes délivrées au grand public sur les indicateurs économiques a littéralement explosé au Maroc. Avec les nouvelles technologies, Internet, le mobile, l’information est encore plus disponible et accessible.

Pourtant, avec tout cela, et à l’instar de notre interlocuteur du jour, même l’élite initiée et instruite censée être outillée pour faire le tri des informations n’est pas en mesure de le faire. Mais elle n’est pas à plaindre et il ne faut pas s’étonner de l’ampleur de la désinformation parmi le grand public.

Ce sont surtout les décideurs et les faiseurs de politiques publiques qui devraient sérieusement s’inquiéter que leur effort de communication avec tous les moyens qu’ils y mettent n’arrive pas à leurs destinataires. Comme des bouteilles à la mer…

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