Éditorial

On l’avait prévu. Contrer le chiisme sur le terrain ne va pas être une chose facile. Première difficulté, distinguer la bonne graine de l’ivraie. Distinguer entre un agent dormant adepte d’un rite iconoclaste — parfois, juste, un vulgaire relais local rémunéré — au service d’un pays étranger, et un compatriote de bonne foi attiré intellectuellement et spirituellement par une expérience cultuelle nouvelle. Ce sont là deux démarches fondamentalement différentes. L’une oblique et l’autre sincère. Deuxième difficulté, il ne faut — et c’est énorme pour un appareil sécuritaire qui s’initie aux exigences de l’Etat de droit — en aucun cas sortir du cadre du respect des libertés individuelles et de la présomption d’innocence qui sont, naturellement, de valeur constitutionnelle. Sinon sur le fond, une question demeure. Même si dans l’ensemble la situation est saine, comment expliquer la porosité de notre champ religieux qui, hier, subissait, sans coup férir, les coups de boutoir de la Salafiya Jihadia nourrie d’un wahhabisme irrésistible et qui, aujourd’hui, subit les coups insidieux d’un chiisme idéologique porté par la projection de puissance iranienne. On ne s’est jamais, véritablement, expliqué sur cette porosité, et on ne nous a jamais donné de réponses convaincantes à ce sujet. Le concept de sécurité spirituelle bricolé à la va-vite pour faire face à ces dangers n’a jamais livré la méthodologie qui le sous-tend, ni les axiomes qui le fondent. Sur le plan politique, parce que personne ne fait son boulot correctement, nous sommes également face à une étrange dualité. Nous avons un ministère des Affaires religieuses qui s’occupe essentiellement des biens Habous, des biens matériels (!) mais qui n’anticipe sur rien. Et un ministère de l’Intérieur, plus séculier que jamais, qui s’occupe de la sécurité spirituelle et qui agit (!) toujours après coup. Une inversion des rôles dommageable à l’un et l’autre.

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