Éditorial

La provincialisation des Conseils des ouléma continue sa marche inexorable. Un Conseil par province et sept ouléma par Conseil jusqu’à extinction des soixante-dix provinces du Royaume. L’idée de ce redéploiement qui vise, certainement, à renforcer la sécurité spirituelle de nos concitoyens, est de créer une armature territoriale, un maillage serré, animée par des agents d’autorité «morale» fiables. Le modèle est connu et il a fait florès depuis le temps béni de Driss Basri. Mais est-ce qu’il correspond au vrai besoin des Marocains en la matière ? La multiplication des Conseils, donc des nominations, sert-elle, véritablement, l’intérêt de la population ? Outre le risque manifeste de bureaucratisation qui guette ces Conseils, remplissent-ils, par ailleurs, toutes les conditions de représentativité qui peuvent exprimer la variété et les sensibilités constituant le champ religieux marocain. Ici ou là, des voix sincères et crédibles s’interrogent, discrètement, sur cette stratégie et les dangers auxquels elle peut exposer si elle ne rencontre pas, sur le terrain, la réussite. La cause d’un éventuel échec pourrait provenir de l’absence d’une large concertation, d’une «marginalisation des compétences» ou d’un exercice solitaire et rigide de la responsabilité. Le principe de la contiguïté géographique entre certaines provinces et la similitude de leurs pratiques culturelles rendent d’emblée difficile toute production originale de ces Conseils dont l’apport serait au moins redondant sinon superfétatoire. Il sera difficile dans ces cas-là pour ces Conseils de mettre en avant leurs valeurs distinctives et par là même justifier leur existence en dehors d’une certaine proximité prise sous sa dimension strictement administrative. Soutenir les zaouïas, renforcer le soufisme, «provincialiser» les Conseils, maîtriser les imams… ce sont là les faces multiples d’une politique religieuse qui n’a pas encore démontré son efficience.

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