Éditorial

A mon sens, le débat sur la classe moyenne au Maroc est biaisé. Je m’explique. L’affaire a été très vite réduite à une question de revenu moyen. C’est un critère possible, mais il est insuffisant. Un revenu, quelle que que soit sa consistance, ne traduit pas le niveau de développement humain — c’est bien de cela qu’il s’agit, non ? — d’une classe sociale. Nous sommes alors, bel et bien, face à un agrégat, un facteur multiple, et non pas face à une dimension réductible à un critère unique, le revenu. Ce débat est aussi vieux que la statistique sociale elle-même, c’est pour cela que nous allons vite le quitter. Prenons un exemple simple. A notre mesure. Une famille analphabète, sous qualifiée, habitant un bidonville périphérique, qui a un revenu de 10.000 DH par mois produit d’une activité informelle, fait-elle partie de la classe moyenne ? J’en doute. Si l’accès à l’enseignement, à la santé, à l’habitat, à la culture, aux loisirs, aux voyages, etc. surdétermine l’appartenance à la classe moyenne, nous sommes alors face à une famille déclassée. L’accès seul à la consommation, favorisé par un certain revenu, ne suffit pas, seul, à «upgrader» cette famille, en clair, à améliorer son indice de développement humain. Les expressions socioculturelles de cette famille ne sont pas suffisamment fortes, élaborées, structurées pour peser sur un projet de société. Notamment de progrès. La caractéristique d’une classe moyenne mature, c’est le poids qu’elle exerce sur les choix politiques et sociaux du pays. Or sans une éradication, rapide et à grande échelle, de l’analphabétisme, et sans une restauration et une consolidation de grande envergure de notre système éducatif, le débat sur la classe moyenne restera, chez nous, surréaliste.

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