Éditorial

Il est évident que l’équation politique que l’USFP doit résoudre est compliquée. Les résultats catastrophiques des élections communales, et le démantèlement de ses positions politiques, ne lui laissent plus de marges de manœuvre.
L’engagement constitutionnel de 1996 était fondé sur un pacte. Il devait faire entrer le Maroc dans une double transition, l’une dynastique construite sur la légitimité des institutions monarchiques et l’autre démocratique fondée sur l’alternance et le partage du pouvoir. L’alternance consensuelle de 1998 et la nomination de Abderrahmane Youssoufi, un patriote et un homme de progrès, à la primature étaient le début de la mise en œuvre de ce pacte. En juillet 1999, la succession s’est accomplie dans des conditions particulièrement réussies ouvrant la voie à la modernisation du pays, y compris dans le domaine politique. Le socialisme gouvernemental va finir, cahin-caha, par être productif électoralement mais, contre toute attente, en octobre 2002, Abderrahmane Youssoufi est amené à céder le poste de Premier ministre à Driss Jettou. Le nouveau Premier ministre est un homme probe, compétent et loyal mais qui n’est pas issu de la sphère politique partisane. Cet événement en soi a constitué un premier accroc — au demeurant tout à fait légal — au pacte démocratique puisque le Premier ministre a été recruté en dehors des forces politiques représentées au Parlement. Malgré cette sortie de la feuille de route, les socialistes restent au gouvernement tout en contestant mollement le non-respect de la «méthodologie démocratique». Au total, les ministres socialistes de l’USFP siégeront au gouvernement pendant deux interminables mandats usant leur crédit et leur capital politique sans résultats tangibles, ni de bons bilans, à faire valoir auprès de l’opinion publique. A part une ou deux exceptions notables. L’USFP est entré alors dans un cercle de défaites électorales aggravées par des crises internes de plus en plus aiguës.
Défait aux dernières législatives, l’USFP voit la «méthodologie démocratique» — sa marque de fabrique — dont il n’a pas profité en 2002, profiter, cette fois-ci, à ses amis de l’Istiqlal. Abbas El Fassi est nommé Premier ministre. L’USFP reste au gouvernement après une bagarre intestine pas très honorable pour des portefeuilles ministériels. Le parti se déchire sur cette question en plein congrès sans trancher sur le fond. «L’audience confirmatoire» accordée par le Roi au nouveau secrétaire général du parti, Abdelouahed Radi, qui avait émis le vœu de quitter le gouvernement s’il était élu par ses camarades — il en avait fait un argument de campagne pour conquérir le parti — a achevé de brouiller les repères des socialistes passablement désorientés. A toutes ces étapes, les socialistes n’ont apporté aucune réponse politique, idéologique ou organisationnelle aux problèmes qui leur sont posés. A part le dogme de la participation, coûte que coûte, au gouvernement aucun aggiornamento n’était en cours. Les manœuvres pour la création du PAM ont pu aboutir et prospérer, selon des schémas politiques anciens, sans que l’USFP pose la question de la compatibilité de cette intrusion politique, menée par un ex-ministre de l’Intérieur et un ami du Roi, avec le pacte constitutionnel fondamental de 1996. Ce nouvel écart à la méthodologie démocratique, cette nouvelle sortie de la feuille de route, n’a pas non plus été «valorisée» politiquement par l’USFP. L’USFP, à part quelques rodomontades, ne tire aucune leçon de la victoire du PAM aux élections communales de juin 2009. Il continue à siéger au gouvernement alors que cette présence, qui ne génère plus que des défaites électorales consécutives, n’est, plus, sous-tendue par aucune vision de l’avenir. Les socialistes marocains ont perdu la main même s’ils continuent à penser que la question constitutionnelle peut, encore une fois, leur permettre de négocier un nouveau pacte avec la monarchie. C’est une erreur d’analyse car la monarchie marocaine aujourd’hui, comme par le passé, se dote directement des outils, ou des formations politiques, qui lui sont utiles. Quelles que soient les controverses, aujourd’hui dépassées, sur la genèse du PAM, la monarchie, jouissant d’une popularité incontestable, ne se privera pas — pourquoi le ferait-elle ? — de mettre à contribution un nouveau venu qui a si effrontément roulé les anciens dans la farine.  L’USFP, usé par le socialisme gouvernemental, accroché à un pacte obsolète, n’est plus désormais un acteur politique central. Il n’a pas plus de capacité de nuire, ni de construire. C’est comme cela que les partis politiques sortent de l’Histoire.

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