Éditorial

Le procès que fait le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi à la presse marocaine est absurde. Il relève d’une démarche et d’une méthodologie condamnables à tout égard. Il charrie avec lui un modèle régressif de liberté d’expression qui est battu en brèche dans le monde entier — et qui n’est surtout pas en vigueur au Maroc. Qu’un chef d’Etat étranger qui n’est pas connu pour son attachement à la démocratie, ni à la liberté, veuille censurer et limiter la liberté d’expression de journalistes marocains dans leur pays, où elle est notamment en vigueur, est une situation dramatique. Le gouvernement marocain a facilité les démarches judiciaires de Mouammar Kadhafi, la justice marocaine a fait prospérer la procédure dans un sens à l’évidence liberticide. Nous nous acheminons vers la condamnation-fermeture de trois entreprises de presse puisque la partie civile exige en guise de réparation le montant faramineux et ahurissant de 90 millions de dirhams. Nous sommes loin du franc symbolique demandé par le défunt Hassan II dans un procès historique au quotidien français Le Monde. Bien loin. Qui peut aujourd’hui arrêter cette mascarade judiciaire? Qui peut stopper cette affaire ridicule qui éclaboussera, encore une fois, la justice marocaine dans son entièreté et détruira les fragiles acquis de la liberté d’opinion dans ce pays ? La presse marocaine est une presse responsable. Elle répond de ses écrits quand ils sont délictuels tous les jours devant tous les tribunaux du Royaume. Elle se fait condamner tantôt par le Code de la presse tantôt par le Code pénal. Elle ne demande ni l’impunité ni à sortir du champ de la loi et de l’application du droit. Elle demande uniquement qu’elle soit traitée, cette presse en émergence, sur la base de ce qui se fait normalement et universellement dans ce domaine dans les pays démocratiques. Ni plus ni moins. Mouammar Kadhafi, pour revenir à lui, ne croit pas à l’indépendance de la presse. Il croit, et en cela il a tort, que les articles le concernant publiés au Maroc sont suscités par le pouvoir. Il se trompe lourdement. Pour prouver sa bonne foi, le gouvernement marocain a ouvert — une faiblesse rédhibitoire — la voie à une injustice. Celle-ci va aboutir à une «pénalisation» d’une opinion qui n’a été à aucun moment un délit de presse. Il faut arrêter cette mascarade.

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