Éditorial

Le communiqué du Cabinet royal confronte directement les Marocains à un sujet inédit : la santé du Chef de l’Etat. Ce geste soudain — la maladie du Souverain aurait pu être tue — de transparence marque manifestement une volonté nouvelle de créer une nouvelle tradition, disons  démocratique, en la matière. Il faut saluer cet égard pour l’opinion publique marocaine comme tel. Cela nous aligne sur des standards internationaux qui restent malgré tous les efforts entrepris assez fragiles puisque tous les chefs d’État ne se plient pas de bonne grâce à cette règle de transparence. Nous avons rappelé, ici même, il y a quelques semaines, à l’occasion du fameux syndrome vagal de Nicolas Sarkozy, la lente agonie silencieuse de feu Hassan II, et les démêlés et les mensonges d’Etat des présidents français, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac à propos de leur santé. Pour ce qui nous concerne, les choses sont différentes. Nous avons un Roi qui accomplit un travail titanesque. Il travaille, personnellement, dix fois plus que ses homologues méditerranéens. Et cent fois plus que toutes nos institutions exécutives réunies. Il vient de boucler dix ans de règne à une vitesse supersonique en payant de sa personne et en étant sur le front pratiquement tous les jours. Le résultat est là, magnifique et exceptionnel, mais il a un coût. La monarchie exécutive use royalement le Monarque. Surtout dans un pays où tout est à faire, et où rien ne se fait normalement. Elle use également car elle cumule plusieurs niveaux de conception, de décision et d’exécution qui dans un pays avancé sont largement déléguables et, surtout, structurés par une vie institutionnelle évoluée et une vie démocratique enracinée. Ainsi va le Maroc, le pays progresse grâce à l’effort physique personnel consenti par SM le Roi jusqu’à l’épuisement. C’est à la fois une chance et une force pour notre pays, mais également un indicateur réel de ses faiblesses et de ses retards.

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