Éditorial

Le pauvre Mehdi Ben Barka continue d’alimenter, à son corps défendant, les faits les plus incongrus. Depuis son enlèvement en 1965, le mystère s’épaissit de jour en jour. Des dizaines de livres, des centaines de versions, des milliers d’hypothèses et au final une vérité qui semble fuir toute appréhension raisonnée. Une fois c’est la tête que l’on a trouvée, elle aurait été enterrée sur une route improbable de Rabat. Une fois c’est une cocotte qui aurait servi à la dissolution du corps de la victime. Le dessin de la cocotte par Boukhari restera fameux pendant des années. Aujourd’hui, c’est un écrivain qui retrouve brutalement la mémoire et parle, sérieusement, de cendres retrouvées de Ben Barka et d’un rapport de gendarmerie qui accréditerait cette thèse fumeuse. Depuis le départ, cette affaire a démarré sous le signe des coups tordus. Elle continue à suivre le même chemin. Le juge Patrick Ramaël par son instruction très opportune et très politisée — quand il ne joue pas à Tintin au Congo —  n’échappe pas à cet atavisme. Que va-t-il faire maintenant des révélations de notre confrère le Journal du Dimanche? Comment va-t-il évaluer le retour intempestif de mémoire de l’écrivain Georges Fleury ? La vérité sur l’affaire Ben Barka se trouve à l’évidence en France, lieu où s’est déroulé le crime. Les acteurs directs, politiques et sécuritaires, de l’époque sont en voie de disparition. Les derniers mandats d’arrêt du juge sont des leurres. Les personnes incriminées, essentiellement les deux généraux, n’étant pas qualifiées, ni suffisamment en responsabilité, à l’époque pour être inquiétées aujourd’hui d’une manière crédible. Les  manœuvres du juge qui parfois antagonise inutilement les Marocains — au lieu d’exiger la levée intégrale du secret défense en France —  réussissent plus à lutter contre l’oubli qu’en faveur de la vérité.

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