Éditorial

à l’évidence un pays dans lequel une jeune femme enceinte pose nue à la Une d’un mensuel est un pays de liberté. C’est incontestable. C’est un pays où l’on se sent suffisamment libre pour attirer l’attention sur la mortalité infantile et sur le sort des femmes enceintes exclues des soins de santé par cette démarche originale. Le geste de Nadia Larguet, une productrice de télévision talentueuse, dans l’édition de Femmes du Maroc du mois de novembre, est lourd de sens. Il est au carrefour de l’expression intraitable par une citoyenne majeure et responsable d’une liberté individuelle entière, de la liberté d’expression collective qui peut se déployer dans un cadre assumé de droits et de devoirs et la fonction naturelle de la presse qui vise à révéler, à étonner, à franchir les lignes de rupture, à provoquer, pour faire réfléchir. Tout cela met cette initiative, rare et exceptionnelle, au rang des acquis de notre jeune et fragile démocratie. Pour autant cette hirondelle fait-elle, à elle seule, le printemps? Non, mais elle peut y contribuer. Surtout à un moment où les rapports entre l’Etat et la presse sont exécrables à cause de dérapages déontologiques inutiles, d’excès judiciaires injustifiés et d’absence de vision partagée sur l’avenir d’un secteur vital. La colère de l’Etat ne devrait pas se traduire par la furie de la justice. Ils y perdent tous les deux. L’un perd le sang-froid qui fait de lui le garant froid, lucide et expert de l’intérêt général, et l’autre perd l’indépendance qui fait son honneur. Quant à la presse, — une presse indigente, mal formée, affaiblie par sa carence d’éthique professionnelle, — elle perd son sang, sa substance, face aux tartarinades d’un gouvernement, fasciné par ses bavardages en boucle, et qui ne rate aucune occasion de se réjouir des malheurs passagers d’un partenaire.

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