Éditorial

La violente réaction de la presse algérienne, dans la diversité et le pluralisme monolithiques, contre la déclaration de Hillary Clinton sur le plan d’autonomie au Sahara, confirme que le coup a porté. Les galonnés de la guerre civile semblent déstabilisés. Et le malaise est exprimé fidèlement, mais avec le zèle habituel, par la presse aux ordres. Que nous disent-ils, nos pauvres voisins ? Que le soutien de Hillary Clinton au plan d’autonomie marocain ne peut être au mieux, qu’une dérive personnelle qui n’engage que l’intéressée coutumière de gaffes diplomatiques et au pire, un avis iconoclaste qui n’obligerait pas l’Administration Obama qui à ce niveau ne peut s’exprimer sur ce sujet par le truchement si peu fiable de Mme la secrétaire d’Etat. Nous sommes, bien évidemment, sous l’empire de pulsions monomaniaques et dans le déni de la réalité propres à nos amis depuis très longtemps. La difficulté d’accepter le fait majeur que la réalité peut parfois ne pas se plier aux rêves les plus fous est un domaine d’expertise très vaste, et très fécond, dans la psychiatrie moderne. En général cela génère, et je vous donne la définition académique de la paranoïa, «une surestimation de soi, un orgueil anormalement développé, une grande difficulté à remettre en cause ses jugements ou son raisonnement, une absence d’autocritique, un autoritarisme, une grande susceptibilité associée à une méfiance avec parfois agressivité.» Le sujet est cerné me semble-t-il. Mais là où la recherche en la matière n’est pas très avancée, car je crois que c’est une pathologie assez rare, c’est dans la dimension collective de ce phénomène médical. Une paranoïa collective durable de ce niveau, et de cette intensité, qui veut faire croire que la feuille de vigne saharienne —pour reprendre le bon mot d’un lecteur— peut cacher l’effondrement total d’un projet de pays, les calamités atroces d’une gouvernance suicidaire, et l’enfermement définitif des «décideurs» dans la culture de l’échec et de la haine. Il est très difficile pour nous Marocains au moment où nous sommes occupés à faire des projets du genre — sublime et raffiné — de Mazagan Beach Resort, ou — flamboyant et prometteur — du style de Mediterrania Saïdia de comprendre les ressorts psychologiques des dirigeants algériens. Nous sommes dans l’action, le recadrage et la consolidation. La modestie des bâtisseurs. Nous ne sommes pas la haine et le ressentiment.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *