Editorial

Éditorial

Historiquement tous les débats sur l’identité nationale ont abouti à des horreurs humaines. Soit ils ont produit, comme on l’a constaté en Europe, au début du 20ème siècle, des régimes fascistes: Allemagne, Italie, Espagne, Vichy, etc., soit ils ont abouti un peu partout dans le monde, y compris aujourd’hui, à des dérives racistes irrémédiables ou à des actes génocidaires avérés. Le problème de l’identité nationale c’est qu’il faut la manipuler avec prudence, comme la nitroglycérine. Cette question maltraitée libère immédiatement de sourdes pulsions de violences et légitime les violations massives des droits humains. Si elle est traitée sous l’angle de l’exclusion, de la radicalité culturelle ou raciale, de la stigmatisation religieuse, de l’opposition des franges constitutives d’un pays, de la négation de la diversité sociale et culturelle, etc., nous savons où cela mène. C’est la guerre. Si le souci de l’identité nationale est, par contre, pris en charge dans un cadre conceptuel déterminé par une idée de nation généreuse, ouverte, construite sur la diversité et la tolérance, sur la définition du désir de vouloir vivre ensemble, de partager ensemble des valeurs de solidarité, de progrès et d’émancipation de l’homme, du respect, dans la démocratie, des minorités culturelles, sociales ou religieuses, etc., dans ces conditions le débat peut être utile. Ceux qui se félicitent du débat français sur la question, et veulent l’importer chez nous pour des raisons douteuses, ignorent qu’il fait fonction là-bas de marqueur idéologique et politique, et il est instrumentalisé dans un cadre politicien. Une réflexion sur l’identité française n’exonère pas d’un vrai débat incontournable sur la place de l’Islam dans la République. C’est cela le fond du problème. Or chez nous, l’affaire du Sahara n’est pas une question d’identité nationale, c’est une affaire d’intégrité territoriale stricto sensu. La faveur de son règlement sur la base du plan d’autonomie pose d’autres problèmes non moins importants. Ceux de la décentralisation de l’Etat, de la régionalisation, de la diversité humaine et territoriale, de l’intégration sociale et culturelle, de la lutte contre l’exclusion et la marginalité, de la liberté, de la démocratie, etc. Une identité en mouvement dans une nation ouverte et démocratique. Il ne faut pas se tromper de débat.

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