Éditorial

L’émission Hiwar de Mustapha Alaoui sur la première chaîne de télévision contribue-t-elle à la crédibilisation de la vie politique au Maroc ? Non, elle ne prend nullement le chemin. Alors que tout est par terre et qu’aucune initiative politique sérieuse n’arrive à renverser la lourde tendance du discrédit, la télévision vient aggraver les choses voire dégoûter les citoyens. Le concept de cette émission a toujours été dangereux. L’exécution d’un homme politique en direct par un animateur inutilement survolté et utilisant des confrères comme alibis. Cela est tout sauf de l’information. Pousser un invité dans ses derniers retranchements tout en le privant de parole est contre-productif autant du point de vue télévisuel que politique. Alors à quoi sert cette émission ? Quel est son objectif éditorial ? Quel type d’audience cherche-t-elle? A-t-elle l’animateur qu’il faut ? Correspond-elle aux critères professionnels et déontologiques qu’exige une émission d’information? Les questions sont nombreuses et les réponses archiconnues. Mustapha Alaoui, certes pas la personne mais l’institution qu’il incarne caricaturalement, pose, aujourd’hui, un problème de fond à ses patrons. Aucun des objectifs du service public d’information ne peut être atteint par cette démarche. La persistance de ce concept montre à l’évidence que la SNRT, en violation de son cahier des charges, a choisi le populisme dangereux pour traiter la politique dans ce pays. Que pense la HACA, l’instance légitime de régulation, de ce contenu, de sa déclinaison, des valeurs qu’il charrie, de sa comptabilité avec le financement public, etc. Le cas de Hiwar relève, à n’en pas douter, d’une problématique juridique et éthique de fond dont le régulateur doit se saisir. A un moment où l’Etat fait ostensiblement montre de sa colère à l’égard des manquements déontologiques de la presse écrite donne-t-il vraiment un exemple de vertu morale médiatique avec son méga-pôle public en faillite à tous les niveaux ? L’exil mesurable des téléspectateurs marocains sur les chaînes satellitaires inflige un démenti cinglant permanent aux officiels qui se gaussent de leur pôle public défait.

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