Éditorial

Nous avons été les premiers à critiquer ouvertement, avant le dénouement même, de la manière la plus nette la gestion de l’affaire de Aminatou Haidar. Les électeurs réguliers et attentifs, y compris les professionnels d’entre eux,  peuvent en  témoigner. Mais de là à transformer cette affaire en une espèce de «Achoura chiite», sanglante et frénétique, où l’automutilation le dispute à l’autocastration, il y a un chemin que nous ne franchirons pas. De quoi s’agit-il ? Une défaite de la diplomatie marocaine nous disent-ils. Et si ce n’était qu’une victoire conjoncturelle de la propagande algérienne. Encore une, peut-être; mais ce n’est que cela. Ce ne sont ni les moyens de l’État, ni les techniques qui manquent. Une victoire mesurable, chiffrable et dont le coût politique est, en fin de compte, limité à cause justement de la nature technocratique — une  opération de communication, réussie au demeurant  —  de ce branle-bas de combat. A partir de là que va-t-il se passer ? Nous allons tous tomber d’une manière convulsive dans les délices caractéristiques de la démocratie marocaine depuis au moins une décennie. A savoir : l’autodénigrement soutenu par la fausse expertise. La surenchère qui masque mal un patriotisme de pacotille. Le conseil «politologique» qui sert en douce des règlements de comptes obsessionnels. Des éditos la main sur le cœur, la bouche en cul-de-poule,  qui servent  des desseins hypocrites et mercantiles. Bien sûr, les choses étant ce qu’elles sont dans notre pays, et en l’absence prolongée d’une classe politique qui assume ses responsabilités, c’est la presse, peut-être dans son rôle, qui s’en est donnée à cœur joie. Asinus asinum fricat. Aminatou ou la faillite de l’état, de la pensée, de l’univers, de la galaxie, de l’identité, de l’avenir, etc. Réformons la société, l’état, la pensée, Aminatou, le Maroc, le Roi, etc. Liquidons le gouvernement, le système, le makhzen, l’administration, le Parlement, la société,  etc. Installons un état d’exception et donnons la clé du pouvoir aux commentateurs politiques, aux politologues du dimanche, aux chroniqueurs du samedi, et ceux du vendredi, du jeudi, etc. Il faut savoir raison garder ou périr noyé sous les bavardages. Ni Aminatou, ni le Polisario, ni l’Algérie n’en demandaient tant. Ils ont fini par être eux-mêmes gênés de l’ampleur prise par les choses chez nous. Ils voulaient tout simplement marquer un but contre un partenaire dans une partie longue et difficile mais ils ne cherchaient pas à ce que la partenaire en question se suicide par dépit. Par aveuglement. Par absence de conscience de ses propres intérêts. Par mépris de soi. Par haine de lui-même. Alors de grâce arrêtons, de temps en temps, un instant, un moment, une fois, de nous suicider.

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