Éditorial

La mise au diapason de la Constitution marocaine est une des choses essentielles  qui, petit à petit, commence à s’imposer d’elle même. Le train des réformes, la transformation du pays, l’évolution des mentalités, la mondialisation des droits, le projet même de SM Mohammed VI lui-même — articulé sur la démocratie et la modernité — imposent inéluctablement de franchir cette étape décisive. Pour sortir du vœu pieu, de l’incantation politicienne ou de la transe surréaliste et obsessionnelle de certains, on peut énoncer quelques pistes de réformes, par ailleurs, assez connues et largement débattues dans notre pays. Celles qui, dans les faits, sont déjà inscrites dans l’agenda. Les recommandations de l’IER, essentiellement dans leur dimension de séparation des pouvoirs, d’indépendance de la justice, de diversité culturelle et de consolidation des droits de l’Homme; et les conséquences du choix de la régionalisation induit par le projet d’autonomie au Sahara. Déjà là nous avons deux grands chantiers qui ont leur poids spécifique et leur propre substance. Au demeurant sur ces deux sujets, des gens de qualité réfléchissent ou ont réfléchi : la CCR et l’IER. Le troisième chantier possible et qui nous est imposé par la nécessité de mettre à niveau démocratiquement — selon la fameuse méthodologie du même nom —  le champ politique marocain et l’amélioration du rendement gouvernemental. C’est l’institution du Premier ministre et les articles constitutionnels lui correspondant. Sur ce point il y a deux exemples et deux religions. Les deux ne se recoupant pas. Pour les exemples de Premier ministre nous avons deux noms. Driss Jettou et Abbas El Fassi. L’un techno, l’autre pas. L’un politique, l’autre pas. Chacun peut évaluer la présence, l’ascendant, l’expertise, la gouvernance, l’habileté, etc. de l’un et de l’autre. Deux profils, deux «vies» différentes de l’article 24 de la Constitution. Quant aux deux religions, la première conviction dit que la nécessité de la réforme sur ce point, la Primature, ne se justifie point car aucun Premier ministre n’a montré à ce jour que le costume était plus petit que lui. C’est parfois l’inverse qui s’est produit. Une réforme dans le sens de l’élargissement de ses pouvoirs serait donc non pertinente. La deuxième idée-force plus ou moins fortement brandie par l’USFP, surtout quand Driss Lachgar n’est pas au gouvernement, ou par des milieux qui agissent dans la sphère populiste de la gauche extrême, c’est celle de monarchie parlementaire. En clair, ce qui est visé là c’est une diminution des prérogatives royales et un renforcement en retour de celles du Premier ministre davantage responsable face à un Parlement plus puissant. Cette idée est bien évidemment incompatible avec la notion de monarchie exécutive qui structure le nouveau règne depuis son début et elle n’est justifiée par aucun rapport de force politique visible, ou mesurable, et par aucune légitimité qui peut se prétendre supérieure à celle de la monarchie. L’affaiblissement politique généralisé, le discrédit de la classe politique, l’abstention électorale massive, l’autonomisation politique des milieux d’affaires, etc. ne suffisent pas à ce jour à donner corps à une légitimité démocratique indiscutable. La montre politique et la montre sociale ne sont pas réglées sur la même heure. Il n’y a que l’horloge de la monarchie qui règle le temps de la réforme selon son propre fuseau.

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