Éditorial

La manière dont le tremblement de terre a balayé les infrastructures de Port-au-Prince informe naturellement sur la puissance du désordre tectonique mais aussi sur la faiblesse structurelle et l’inadaptation des équipements de cette ville. Les deux données sont impressionnantes. Le nombre des victimes est proprement ahurissant. Le monde a raison de se mobiliser pour sauver ce pays. Il est très bien, également, que notre pays, selon ses moyens, soit en première ligne pour venir en aide aux sinistrés. Il n’empêche, pour ce qui nous concerne, que la leçon haïtienne doit être prise avec beaucoup de sérieux d’autant plus que nous sommes en prise avec les conséquences dramatiques de sévères inondations notamment dans le Gharb où la violence des flots, quand elle n’a pas emporté des vies, a effacé les moyens de subsistance de centaines de familles. La question des infrastructures est nodale dans notre pays. Nous sommes actuellement en la matière dans une phase active de rattrapage d’un lourd déficit hérité des années de gouvernance insouciante et de gabegie institutionnalisée. La vitesse avec laquelle nous résorbons ces déficits peut être plus rapide si nous bénéficions de soutiens financiers moins timorés que ceux dont nous disposons actuellement. Nous ne sommes pas dans le cas de figure de l’Espagne ou du Portugal, pays qui ont vu, dans les années 80, la mise à niveau de leurs infrastructures puissamment soutenue par l’UE. Nous devons certes compter sur nos propres forces mais nous devons le faire avec rigueur et anticipation. Est-il normal que dès que la pluviométrie s’améliore — un souci impérieux et ardent de toute une nation agricole — nos villes se noient, nos communications se coupent, nos réseaux se neutralisent, nos champs s’inondent, nos ponts s’écroulent, etc. Notre imprévoyance séculaire est immédiatement sanctionnée. Nous nous retrouvons rapidement face à la nature «orientale» de notre mode de gouvernance où le laisser-aller le dispute au fatalisme, et où la responsabilité personnelle est diluée dans un collectif imaginaire introuvable. Nous devons véritablement prendre à bras-le-corps cette question et, si nous avons quelque génie, il faut d’abord qu’il s’exprime dans ce domaine. Car, aujourd’hui, le pays des ingénieurs aussi capés et brillants soient-ils a les pieds dans l’eau et froid dans le cœur.

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