Éditorial

Il est heureux que le sommet UE-Maroc, qui aura lieu en mars, se tienne lors de la présidence espagnole de l’Union. C’est à la fois un facteur de réussite de ce sommet et une exigence stratégique commune. Car qui mieux, en Europe, que nos amis et voisins espagnols savent dans quel chantier nous sommes engagés depuis une décennie ? Dans quel défi permanent nous sommes plongés ? Et dans quel rattrapage général nous sommes lancés ? Oui, M. Zapatero devrait saisir, mieux que quiconque, que nous faisons le même chemin que son pays a parcouru depuis 1975. Sauf, car il y a toujours des exceptions que l’Histoire se plaît à infliger aux nations éprouvées, nous le faisons seuls. La manne européenne est plus faible : dans notre cas, même si elle est substantielle, elle est conditionnée, bridée et tatillonne. L’accompagnement est plus lâche. Et la résolution même si elle est souvent ferme, elle est parfois inconstante, variant au gré des intérêts spécifiques communautaires. Ce que le Statut avancé donne, l’absence d’intégration, une adhésion simple, le limite. C’est dans l’ordre des choses, même si notre profil type n’est ni plus ni moins pertinent ou avantageux que certains récents pays membres. «Le Maroc a un Statut avancé, l’un des plus avancés de la relation avec l’Union européenne», dit Zapatero à El Pais, en dégustant goulûment la redondance confortable du pléonasme. Certes mais cela nous avance à quoi ? On devrait aller plus vite et plus loin. En qualité de projets et en quantité de ceux-ci. L’objectif du président du Conseil espagnol est de : «stimuler, renforcer et améliorer l’ensemble du processus de modernisation du Maroc». A la bonne heure. Quelle est la part, dans cette ambition partagée, revenant à nos partenaires espagnols qui, à notre sens, dans cette affaire, doivent servir de modèle communautaire ? Là il y a vraiment de la substance et de la matière pour une coopération décomplexée des deux parts du détroit. L’urgence et l’ampleur de nos besoins, les exigences de nos populations, la profondeur de la crise économique, les déstabilisations de toutes natures qui frappent la région: terrorisme, intégrisme, séparatisme, etc. dictent à nos partenaires européens des modalités d’action moins empreintes de technocratisme, moins sujettes au formalisme bruxellois, et moins autocentrées. Deux exemples pour être concret : la conversion des terres de culture du haschich et la lutte contre l’immigration clandestine subsaharienne. Sur ces deux dossiers sérieux, le moins que l’on puisse dire, c’est que le compte n’y est pas encore.

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