Éditorial

Le Premier ministre haïtien Jean-Max Bellerive a déclaré que «les Haïtiens, malgré leurs problèmes, veulent être ceux qui décident de ce que sera l’avenir de leur pays». C’est souverain et légitime. Mais il y a un problème. Haïti n’a jamais été un modèle de démocratie où la voix du peuple est entendue. Et Haïti n’a jamais montré à la face du monde une gouvernance qui serait le canon de l’éthique ou de la moralité. Sachons raison garder ! Entre dictateurs civils, militaires ou prêtres défroqués, le peuple haïtien a plus vécu le pire que le meilleur. Le tremblement de terre a eu un bilan si lourd car la corruption, les trafics en tout genre et la gabegie ont fragilisé depuis longtemps les constructions et les infrastructures. Peu de béton, peu de ciment, fausses autorisations, peu de contrôle, peu d’éthique, peu de morale mais beaucoup de commissions et de corruption. Le résultat est là. Des milliers de morts. Le même tremblement de terre au Japon, qu’à Dieu ne plaise, ferait naturellement moins de dégâts. Une affaire de prévention, d’organisation et de normes. De démocratie. Maintenant, pour autant, faut-il recoloniser Haïti ? Et par qui ?  Que pèse la souveraineté des pauvres ? Faut-il sous couvert d’aide internationale imposer à ce pays souverain une domination de nature humanitaro-coloniale pour soi-disant sauver ce qui peut l’être encore. La France et les USA jouent, sur ce plan, un jeu indécent. Des calculs géopolitiques sont en train de brouiller la nécessaire solidarité internationale, véritablement agissante et généreusement compatissante. Les dividendes de ce  drame sont indignes à encaisser. Ils ne peuvent que contenir un arrière-goût terrible et immoral de mort et de souffrance. Les forces d’occupation se déploient-elles de la même manière après un bombardement qu’un tremblement de terre ? C’est étrange, ce ballet des calculs, de la compassion, des intérêts, des influences et de velléités de domination. C’est sûr, une catastrophe naturelle fait plus de dégâts sur un territoire où la démocratie est inexistante. Une autre leçon de la nature.

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