Éditorial

La relaxe de l’ex-Premier ministre Dominique de Villepin en France — il avait maille à partir avec Nicolas Sarkozy dans de «sombres et antiques» affaires de rivalités personnelles et de manipulations réciproques — est un acquis énorme pour la justice française. Elle démontre brillamment son indépendance dans une affaire où le président de la République est partie prenante. Le refus de l’instrumentalisation politicienne est ici manifeste. Le refus du règlement de compte ou de la revanche a posteriori est aussi refusé. On ne lave pas les affronts supposés d’hier avec la puissance institutionnelle d’aujourd’hui. Ou les comptes d’hier avec les moyens publics d’aujourd’hui. Vu de chez nous tout cela laisse songeur. Un enfant un peu affamé et fiévreux prostré devant la vitrine étincelante et colorée d’une pâtisserie de luxe. Un rêve d’éclair au chocolat. Ce n’est pas qu’il n’y ait pas chez nous de victoires aussi éclatantes de la justice. Elles doivent exister. Mais nous les ignorons. Du moins nous ne relevons, les médias essentiellement, que les dérapages, ce qui est aussi profondément injuste. Dans un récent colloque sur la rénovation judiciaire, Essaâdia Belmir, conseillère du ministre de la Justice, a étonné l’assistance en soulignant ce point. La créativité, les trouvailles, les saillies, le talent, l’indépendance, parfois, des magistrats marocains ne font l’objet d’aucune communication grand public ou même  professionnelle dans la presse spécialisée. Seuls les cas problématiques, peu reluisants, ou franchement caricaturaux sont connus. Fermons la parenthèse et revenons à De Villepin. Il est vrai que la justice française depuis le passage de Rachida Dati à la chancellerie  semble moins sarkozyste, si elle ne l’a jamais été. La réforme de l’institution du juge d’instruction par sa suppression pose de gros problèmes aux magistrats. A chaque fois, apparemment en colère, ils envoient un message à leur «garant» constitutionnel inspirateur de la réforme. Le message De Villepin, lui, est arrivé 5 sur 5. Avec fracas et fureur.

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