Éditorial

La réaction marocaine au décès du général algérien Larbi Belkheir — condoléances royales et déplacement à Alger d’une délégation de très haut niveau — montre, à l’évidence, au-delà de l’émotion naturelle que la perte est cruelle pour les relations bilatérales. Non pas parce que le défunt occupait avant son décès le poste stratégique d’ambassadeur de l’Algérie au Maroc, mais surtout parce qu’il représentait un «lien historique» avec notre pays, probablement irremplaçable. Larbi Belkheir faisait partie de ces généraux algériens, de plus en plus moins nombreux, qui avaient une vraie connaissance du Maroc, de ses hommes, de sa culture et des arcanes de son pouvoir. Au plus fort des crises multiples qui prévalent entre les deux pays depuis 35 ans, le lien qui ne cédait jamais, qui demeurait, permanent, réel, pragmatique c’était Larbi Belkheir. De Hassan II à Mohammed VI, de Boumédiene à Bouteflika, l’homme distinguait réellement entre les exigences de la politique politicienne algérienne, les intérêts réels ou apparents de son pays et les fondamentaux de la géopolitique algéro-marocaine. A la différence des officiers supérieurs algériens qui ont gagné leurs récents galons dans la guerre civile ou dans l’antimarocanisme primaire, lui, il savait garder le contact, au-delà des nécessités professionnelles. Il savait jusqu’ à quel point il ne fallait jamais aller trop loin. Et il mesurait parfaitement la richesse et la multiplicité des liens qui lient la Monarchie marocaine à l’élite et aux dirigeants algériens de l’avant et de l’après indépendance. Aujourd’hui, il y a au moins deux générations d’Algériens, empoisonnés par la fausse affaire du Sahara, qui ont vécu et grandi dans le mépris et la haine du voisin de l’Ouest. Les choses ne sont plus les mêmes. Les derniers représentants de l’ancienne génération tirent leur révérence en laissant, malheureusement, et peut-être malgré eux, «la guerre » en héritage.

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