Éditorial

Tout le discours sur la mise à niveau de l’entreprise de presse et sur le développement du secteur des médias repose sur la crédibilité de l’entrepreneur de presse. Si ce dernier se considère, de par sa position éditoriale, au-dessus des lois fiscales et sociales du pays, la position n’est plus tenable. Il est très difficile de faire passer une grève des impôts ou le refus de s’acquitter des droits sociaux des salariés pour une posture intellectuelle qui sublime la liberté d’expression, l’indépendance journalistique ou le refus de se compromettre avec l’État. Ce n’est pas sérieux. Il est des métiers où le premier préalable déontologique — le premier des talents — est d’avoir les fesses propres. Les motifs pour lesquels a été fermé le Journal Hebdomadaire sont finalement d’une trivialité qui jure avec le panache éditorial que les fondateurs de ce journal ont voulu donner, très tôt et parfois contre la raison, à leur entreprise pourtant très florissante à une époque. Mourir au front est une chose, mais périr en glissant dans les escaliers de la garnison, c’en est une autre. Le discours étoffé de la presse marocaine sur la bonne gouvernance, la réforme de l’Etat, la lutte contre la corruption, la moralisation de la vie publique, la réforme de la Constitution et que sais-je encore… gagnerait à être sous-tendu par une saine gestion des entreprises de presse. Un journaliste de notre si bigarrée, et si attachante, presse régionale qui était, un jour, conduit à la prison provinciale a crié : «Messieurs, c’est la liberté que vous emprisonnez !» «Non, lui a répondu un de ses accompagnateurs, on ne se permettrait pas, c’est juste un escroc que l’on met à l’ombre.» Les choses prêteraient à rire si elles n’étaient pas déjà si dramatiques pour nous…

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