Éditorial

Le pouvoir égyptien n’a pas l’intention de mollir face aux Frères musulmans. A huit mois des élections législatives, il fait le ménage. Deux leaders intégristes: Mahmoud Ezzat et Essam El-Erian, sont arrêtés. L’objectif apparent de l’opération est de déstabiliser les Frères pour les empêcher de faire un carton aux prochaines élections. Dans la Chambre sortante, ils disposaient déjà de 88 députés, soit un député sur cinq. Vu de Rabat, et c’est la seule focale qui nous intéresse, le procédé semble singulier. Un trait de culture, peut-être. Dans la même situation, dans un passé récent,  il semble que le «régulateur politique» marocain — un abus de langage — ait choisi la voie de l’autorégulation. C’est comme cela que le PJD a autolimité sa gourmandise électorale  naturelle en 2002.  En contrepartie, il a obtenu une normalisation de ses rapports avec le pouvoir. En jouant le jeu d’une «houdna» stratégique, il a pu mieux développer ses objectifs partisans et  inscrire son action dans un environnement institutionnel qui l’accepte ou mieux qui le reconnaît, enfin, comme une alternative politique probable. En 2007, ce ne fut pas le raz-de-marée islamiste, la vague verte, prévue par certains milieux médiatiques parisiens  et relayés, à l’époque, par leurs obligés locaux, mais le PJD a découvert son vrai poids électoral, ses points forts souvent urbains, et ses points faibles toujours ruraux. De toute façon, l’intégration semble avoir réussi. L’on voit bien, ici,  un essai d’invention d’un modèle marocain pour intégrer l’islamisme politique  dans le jeu institutionnel. Pour l’islamisme radical, par contre, la démarche a été plus conventionnelle, comme les armes du même nom, et avec les dommages collatéraux connus en termes de droits de l’homme. Mais cette guerre contre le radicalisme ne s’est pas transformée, comme ailleurs, en guerre civile. La société avait vraiment saisi les enjeux de cette lutte en refusant de livrer la nation aux extrémistes.

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