Éditorial

Toutes les crises multiformes qui ont marqué les relations maroco-algériennes depuis des décennies n’ont jamais véritablement stoppé dans les faits la coopération sécuritaire entre les deux pays. L’axiome de cette coopération était simple. La sécurité des deux pays est une chose très importante, et très sérieuse, pour la laisser subir les aléas de la politique politicienne régionale ou la laisser entre les mains des politiciens. Criquets, immigration clandestine, terrorisme, réseaux islamistes, extraditions, etc. Il y avait toujours un pont pour gérer ces dossiers et il y avait surtout la même génération «historique» de cadres — c’est ce qui est peut-être en train de changer à Alger — qui se connaissait mutuellement pour formuler une vision élaborée de l’intérêt sécuritaire des deux pays. Le refus par l’Algérie de la participation du Maroc à une conférence régionale sur la sécurité au Sahel est un tournant majeur. Sa signification ne devrait échapper ni à l’UE, ni aux USA, ni aux observateurs compétents, ni à l’opinion publique internationale. Nous avons affaire à un pays dont l’histoire récente est marquée par une sévère guerre civile où les groupes armés sont toujours en activité et dont la situation sociale produit un terrorisme rayonnant régionalement (AQMI par exemple). Nous avons affaire à un pays qui entretient sur son sol — à Tindouf, le ventre mou sécuritaire du Sahel— un mouvement séparatiste armé par ses soins et qui tend à se dissoudre naturellement dans les activités interlopes de la bande sahélo-saharienne : rapt, trafic, contrebande d’armes, terrorisme, etc. Ce pays-là refuse, désormais, la coopération sur ce sujet au motif qu’il peut être aujourd’hui «autonome» sur cette question. C’est une erreur stratégique grave. L’expérience internationale en la matière démontre qu’il n’y a pas d’issue individuelle dans ce domaine. Cette obstination ne peut plus masquer le fait objectif que les choix de l’Algérie dans l’affaire du Sahara sont un facteur aggravant de la situation sécuritaire régionale. Ces choix affectent directement désormais des pays comme le Maroc, la Mauritanie, le Mali, le Niger, la Libye, voire au-delà. De gros intérêts stratégiques internationaux sont menacés par une cécité géopolitique suicidaire de nos voisins.

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