Éditorial

Entre amis, on se doit la vérité. Entre alliés, il en faut davantage. Le Maroc et les USA ne devraient pas avoir de doute sur la loyauté de l’un vis-à-vis de l’autre. Ou commettre des erreurs d’appréciation ou d’analyse sur les étapes historiques que l’un ou l’autre pays traverse. Personne ne peut appliquer à l’Amérique de Barack Obama les grilles de lecture utilisées pour essayer de comprendre l’administration erratique de G.W. Bush. Ceci vaut également pour le Maroc de Mohammed VI. Alors pourquoi l’ambassadeur des USA à Rabat, Samuel Kaplan, sort-il, si ostensiblement, de sa réserve toute diplomatique au sujet de l’affaire de l’expulsion des prosélytes de Aïn Leuh. Qu’est-ce qui le fait sortir de ses gonds parfois avec une imprudence non feinte ? Est-ce le fait qu’un pays musulman, dirigé par Amir Al Mouminine, veuille se protéger contre une surenchère prosélyte, entre catholiques et protestants, sur son territoire ? Est-ce le fait que la souveraineté nationale s’exprime nettement en cette matière sans égards aux supposées faiblesses que doit avoir un Etat en transition vers la démocratie et que souvent ses adversaires utilisent contre lui. On le voit avec l’activisme séparatiste sahraoui financé par l’Algérie. On le constate avec la recrudescence d’un prosélytisme sauvage qui se veut tactiquement défenseur des droits de l’Homme et de la liberté d’expression ou de conscience. Et, finalement, on remarque, même en interne, ce détournement de la démocratie en construction par le réveil des lobbies, des rentiers et des corporations. Ils profitent tous du moment où un Etat quitte sa carapace autoritaire pour une autre plus solide, plus consensuelle, plus légitime, plus universellement admise, celle que confère l’Etat de droit. M. Kaplan, un avocat émérite, n’ignore pas cela. Il est, on n’en doute pas, autant attaché aux grandes causes, aux nobles valeurs qu’aux procédures. Que les garanties de droits qu’offre le droit marocain n’aient pas été scrupuleusement respectées lors de l’expulsion administrative des 40 prosélytes, on peut recevoir ces réserves, mais encore faut-il que M. l’ambassadeur,  comme le lui a finement suggéré Khalid Naciri, le porte-parole du gouvernement, mesure exactement, le risque encouru par ces religieux sur le plan pénal dans le cas d’une action plus conforme au code de procédure du même nom. On ne fait pas ici l’éloge de l’exception de droit ou de l’état d’exception, mais on discute de sujets difficiles, complexes, explosifs que les vieilles démocraties, elles-mêmes, ont mis beaucoup de siècles, beaucoup de guerres, et beaucoup de sang  à traiter d’une manière démocratique. Que le Maroc commence déjà, avec le soutien de ses alliés,  à consolider la démocratie, l’Etat de droit, la liberté d’expression, l’ouverture économique, etc. avant de lui infliger, par ignorance des véritables enjeux, — intégrisme, terrorisme, populisme — , une liberté de religion qui ne reflète rien sauf son désir d’être expérimentale et théorique.

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