Éditorial

Un communiqué de fin de journée nous a apporté la bonne nouvelle. Le PJD et l’USFP — du moins ce qui en reste — partageraient les mêmes valeurs. Ils seraient sur une même ligne politique, sur une même crête idéologique, sur une analyse partagée de la conjoncture politique, et sur un même désir de redonner de l’espoir «aux fils du peuple marocain». L’islamo-socialisme est né. Un être hybride produit d’amour incestueux entre un parti socialiste agonisant, saigné à blanc, et des islamistes déstabilisés par le débarquement du PAM. Un enfant issu des convulsions d’une alternance aujourd’hui ravalée au rang des compromissions et les conséquences morales inavouées des attentats de mai 2003. La boucle est bouclée. La mise à niveau politique s’achève. Elle nous achève avec elle. Les enfants de Abderrahim Bouabid amorcent une alliance avec les neveux, même éloignés, de Abdelkrim Motti en se jouant de la mémoire de Omar Benjelloun. Le progrès a un sens, même si l’on ignorait qu’il pouvait monstrueusement revêtir celui de l’abjection politicienne. L’émotion retombée, on pourra constater que les municipalités et les communes du pays ont servi de laboratoire à ce rapprochement.
Les lieux où l’islamo-socialisme a prospéré sont connus. Les Marocains y vivent-ils mieux pour autant ? C’est à voir. Les travées du Parlement ont, elles aussi, abrité des parades amoureuses endiablées. On en voit le produit aujourd’hui. Un enfant dans le dos de la démocratie. Car le vrai enjeu de la démocratie, élémentaire, évidemment, est celui de la clarification politique, de la légitimité des projets, de la définition des valeurs, et de la détermination des identités des acteurs politiques. Le vrai enjeu est de savoir qui est qui ? Qui vient d’où ? Et pourquoi faire ? C’était valable hier pour l’expérience du PAM, c’est valable aujourd’hui pour ce rapprochement contre nature. Si c’est la réponse du berger à la bergère, il faut savoir que cet échange risque de perdre, outre le berger et la bergère, l’ensemble du troupeau. Ceux qui, probablement, veulent faire la démonstration que l’on peut se passer de la politique, de la presse, des partis, des syndicats, du Parlement, du gouvernement, des ministres, des associations, etc. sont, peut-être, ils n’en espéraient pas tant, en train de réussir. Non pas parce qu’ils sont irrésistibles — les sociétés ont des systèmes immunologiques puissants — mais juste parce que ceux qu’ils visent finissent tous, aujourd’hui, par se liquider eux-mêmes par un aveuglement collectif. Le suicide des gnous continue.

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