Éditorial

Avec le décès de Abdelaziz Meziane Belfkih, c’est une séquence importante du Maroc d’aujourd’hui qui se clôt. Un grand commis de l’Etat s’en va, dans une émotion générale authentique, après près de 40 ans de carrière. Un engagement dans la durée qui fait que rien de ce qui s’est fait dans le pays, ces dernières années, ne lui était étranger. On voyait sa touche partout. Une idée, une appréciation, une sensibilité, un choix, une méthode. Et toujours un sens académique de la conception, de l’exécution et de la livraison des projets. Beaucoup d’ingénieurs lui doivent leurs carrières. Il était un des leurs, mais il ne se contentait jamais de la filiation professionnelle stricto sensu, il fallait que l’impétrant ait aussi du talent, de la constance, le goût du terrain et, surtout, le sens du service de l’Etat. Celui qui n’avait que l’ambition pour viatique n’atteignait rarement son but avec lui.  Plus tard avec cette méthodologie assumée, son chemin croisera beaucoup d’autres cadres recrutés, en dehors du cénacle scientifique, qui ont aussi fait des carrières utiles au pays. Un vrai ascenseur de l’élite. Avec le temps, Méziane Belfkih, l’étudiant socialement modeste, l’ingénieur provincial brillant, fort d’une volonté aussi abrupte, aride, que sa terre natale, s’est imposé à ses pairs. Venant des hauts plateaux balayés par des vents contrariés, il est devenu, par la grâce de l’effort, un homme incontournable. Homme de terrain, plusieurs fois ministre et puis, surtout, conseiller de deux Rois sans que jamais cette proximité royale illustre ne perturbe sa clairvoyance, sa lucidité ou sa volonté d’être au service de l’intérêt majeur du pays. Il ne s’est jamais perdu dans les vanités du pouvoir ou dans les fausses projections de puissance. Meziane Belfkih était un homme de tempérance.La voix douce, les yeux doux, tranchant avec l’archétype  éruptif et volcanique des personnalités du Maroc oriental — il avait certainement une vie intérieure intense, mais elle semblait domestiquée — il écoutait beaucoup et déroulait, ensuite, doucement son raisonnement. Une sorte de musique de la raison  qui enveloppe son interlocuteur, s’il est un tant soit peu intellectuellement construit. Cette musique de l’esprit  l’amène à une convergence de vue civilisée, à une adhésion pacifique. Quand la synthèse ne s’opérait pas, cela voulait juste dire que la discussion n’était pas encore arrivée à sa maturité et qu’il fallait la reprendre plus tard pour donner une chance à la compréhension. C’était à ce prix que l’action pouvait être libérée. Ceux qui ont fait de la chronique politique leur métier ont, souvent, relevé le poids des ingénieurs dans les arcanes du pouvoir au Maroc en jetant des regards lourds de sous-entendus vers le conseiller Méziane Belfkih. Jamais cela  ne l’avait irrité. Il répondait toujours avec son large sourire confondant habituel. Il laissait dire, lui, il était dans l’action, dans le résultat…  

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