Éditorial

Allons-nous devenir un pays qui interdit à des artistes de se produire sur scène au motif que leur vie privée ne nous convient pas ? Une position comme celle-là, si on n’y prend pas garde, peut rapidement nous mettre au ban des nations civilisées. Le Statut avancé n’est pas uniquement économique, il porte aussi en lui sa part de culture, de valeurs et d’humanité partagées. Cette polémique stérile sur la vie privée d’un immense artiste international nous met en contradiction avec tous les efforts accomplis ces dernières années, par notre pays, pour aller vers davantage de modernité, plus de libéralisation de la société et vers la construction d’une vraie citoyenneté. Ce qui est tragique avec la pensée décadente, l’obscurantisme irrésistible, c’est qu’il fait une fixation sur la sexualité. Une vraie manie que de vouloir faire la taxinomie des gens en fonction de leurs pratiques sexuelles supposées ou réelles. Les artistes, les chanteurs, les peintres, les poètes, les écrivains, les danseurs et tous ceux qui sont dans le merveilleux domaine de la création devront-ils être assujettis à un passeport biométrique sexuel pour pouvoir vivre leur art, ou vivre de leur art, chez nous ? Décidément ce modèle de société est effrayant. Il est scandaleux que la riposte politique à ces impostures d’un autre âge soit si faible. Que les militants de la liberté, les hommes de progrès, soient si silencieux, si désemparés et si vulnérables est le vrai drame de ce pays.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *