Éditorial

Le volcan islandais, au nom impossible à prononcer, a mieux réussi la mondialisation que l’économie. Un peu de fumée dans les airs et on retourne tous à des postures plus modestes, plus fatalistes peut-être, face à l’adversité. La technostructure se tait et les volcanologues se marrent. Le machin islandais n’est ni le plus gros ni le plus furieux. Les avions sont cloués au sol. Les passagers se clochardisent dans les aéroports du monde. Les Marocains un peu plus car ils ont une législation des changes qui ne leur permet pas d’acheter une nuit d’hôtel ou un sandwich avec leur carte de crédit sans aucun crédit international. Des citoyens du monde au rabais avec un bout de plastique inutile dans leur portefeuille. Des acteurs de la modernité de seconde zone. Mais passons, on va s’attirer les foudres de le Cour des comptes. Alors on disait que ce volcan nous a quand même permis de nous sentir un peu comme les pays du Nord. En nous visitant, son nuage nous a mis à niveau. Un événement tant attendu. On s’est senti développé, presque émergent. Avant, on avait l’habitude des nuages de sauterelles qui venaient du Sud, ils mangeaient nos récoltes, maintenant nous avons un épais nuage volcanique qui vient du Nord, il noircit notre horizon. Bien sûr, ils ne vont jamais se rencontrer.  Un malheur n’annule jamais un autre, il le sublime. Mais jamais nous n’avons pu constater, comme cette fois-ci, que les puissants, les puissances, peuvent peu contre si peu. Nous ne sommes rien, disent-ils,  comme un élève moyen en propédeutique coranique spécialisé dans le martyr opérationnel. Comme un taliban boutonneux dans une médersa de la banlieue sud de Tora Bora qui découvre la puissance de feu de Dieu. Ils ont peut-être raison, il n’ y a jamais de fumée sans feu.

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