Éditorial

Le Maroc va bien. Mais le gouvernement va mal. C’est le nouveau paradoxe marocain. Le pays avance. Mais le gouvernement ne fait rien. Le gouvernement s’effondre mais le pays fait des progrès. Cette pensée magique — elle se construit en dehors de toute rationalité, de toute approche logique —  fait florès en ces temps de bilan à mi-parcours de mandature. Les gourous de cette pensée n’évitent aucune contradiction. Ils succombent à toutes. On se réjouit dans le pays de la baisse du chômage, du maintien de la croissance, de la bonne réactivité du tourisme, de la continuation de la politique des grands travaux, et de la continuation, aussi, de la stratégie de la modernisation des infrastructures, de la prise de conscience en compte énergétique, de la mise à niveau généralisée des villes marocaines, de la création de villes nouvelles de qualité, etc. Pendant que l’on se réjouit de cela, souvent d’une manière ostentatoire, on continue à développer la petite musique bizarre de la faillite gouvernementale, de la non efficience des départements  gouvernementaux, des erreurs de castings ministériels, de l’impuissance supposée du Premier ministre, de la panne du Maroc, de la faillite du pays, etc. Tout cela, vous en conviendrez, est un peu irrationnel et confine à une  grave césure dans la personnalité qui fait qu’un hémisphère du cerveau exècre ce que l’autre célèbre. Une épilepsie politique à fort voltage qui trouve son origine dans notre confusion politique généralisée. Cette confusion interdit les bilans sérieux, nie la parenté des projets, leur filiation. Elle occulte ceux qui doivent être crédités et sanctionne ceux qui livrent tous les jours. Qui critique le gouvernement ? Qui le soutient. Qui s’y oppose ? Qui réalise les projets ? Qui les livre ? Qui exécute les plans de développement? Ces questions n’intéressent plus personne. La seule vérité du moment est que le pays avance, résiste et progresse  et que ce gouvernement, curieusement étranger à ce bilan, frappé d’un procès en illégitimité infondé — étonnamment depuis  son installation —, est à l’origine de tous nos malheurs supposés ou réels. Le système politique marocain actuel est ainsi fait. L’image, ou la perception, du gouvernement, ou de son action,  sont déconnectées du réel, du bilan ou des réalisations. La monarchie exécutive marocaine qui est en train de réussir, sur la base d’un formidable engagement royal,  une magnifique modernisation du pays a transformé le pouvoir exécutif en pouvoir exécutant. C’est la clé du paradoxe. C’est pour cela que le débat politique se déroule en dehors de la réalité. En dehors du réel.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *