Éditorial

Un souffle chaud s’abat sur les radios privées marocaines. C’est peut-être la fin de la récréation. La célébration de la parole retrouvée n’aura duré qu’un temps. La HACA, aujourd’hui, veille au grain et entend faire respecter scrupuleusement les cahiers des charges. Ces derniers jours, elle a sévi deux fois. Sévèrement. Un banal dérapage à l’antenne — une blague de potache, en fait — a abouti à la fermeture temporaire de la radio au motif que les constantes de la Nation ont été touchées. Des propos équivoques sur l’enfance sexuellement agressée ont conduit, par ailleurs, à la suspension d’une émission sur une autre radio. Dans les deux cas, nous l’affirmons d’emblée, la HACA a été techniquement dans son rôle. Ceci étant, est-ce que le fait que les décisions légitimes de la HACA revêtent dans tous les cas de figure une profondeur politique ou, pour être plus précis, une profondeur jurisprudentielle qui les dépasse est-il tout à fait normal? C’est une vraie question. Un peu alambiquée mais réelle. La définition des constantes de l’Etat ne relève-t-elle pas de documents institutionnels plus lourds, la Constitution, par exemple, ou d’instance judiciaire plus illustre et plus qualifiée en cette matière, la plus incandescente de toutes. Je ne sais pas si les propos sont clairs mais le fait que la HACA se saisisse conformément à la loi sur l’audiovisuel  de tous les sujets qui poseraient problème dans les médias, elle devient par sa propre nature une instance normative qui juge, définit,  tranche, légifère, valide, censure, relit, reformule, produit du sens politique, juridique  ou social dans le pays.Elle devient la gardienne d’un projet de société produit par, uniquement, ses propres délibérations qui, elles-mêmes, sont enclenchées par ses propres auto-indignations variables. Revenons à Radio Mars. Si les propos vaguement républicains tenus à l’antenne étaient très graves, un délit qualifié, la réaction de la HACA n’est plus alors ni suffisante ni nécessaire. C’était au juge, après enquête, de qualifier les propos et par conséquent le délit lui-même. Il y aurait eu un procès ou un classement sans suite de l’affaire. L’intervention de la HACA serait intervenue a posteriori dans le champ d’une sanction. Aujourd’hui ce que nous savons c’est que les propos tenus sont en infraction avec le cahier des charges des radios mais nous ne savons pas s’ils sont en violation avec la loi tout court.

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