Éditorial

La libÉration de Driss Chahtane est une bonne nouvelle pour la presse marocaine. Il a bénéficié d’une grâce royale qui clôt un chapitre douloureux, une séquence un peu folle, dans laquelle notre secteur s’est enfermé. Cette surchauffe éditoriale a conduit à des dérapages déontologiques qui ont été durement sanctionnés par la justice. Driss Chahtane libre après qu’il ait demandé sa grâce dans une lettre assez courageuse et très rétrospective sur son œuvre et sur l’idée qu’il se faisait de l’exercice de son métier est une page qui doit être définitivement tournée.  Aujourd’hui ce qui nous importe, c’est de trouver ensemble les moyens les plus légitimes et les plus professionnels pour que la déontologie soit plus ancrée dans nos pratiques professionnelles, chez nos journalistes et dans nos rédactions. Le temps est venu pour que les questions d’éthique soient prises en charge par les journalistes eux-mêmes dans le cadre d’instance qui puisse agir, en cas de problème avéré,  en amont de l’acte judiciaire, avant les procès et surtout éviter l’encombrement des tribunaux avec des affaires de presse dont les solutions non contentieuses sont universellement connues. Il est faux de dire que la profession n’est pas arrivée aujourd’hui dans son ensemble à une sorte de maturité qui lui permet de rapatrier la question déontologique – de la retirer enfin  à ceux qui l’utilisent contre elle  – et de lui donner les extensions pratiques les plus pertinentes. En formation professionnelle, dans les rédactions, dans les chartes d’entreprises de presse, et finalement à travers une instance dédiée, la déontologie doit  devenir notre pain quotidien pour que le cauchemar qu’a enduré le journaliste en  prison,  pour payer sa faute, ne se reproduise jamais.Les délits de presse, les dérapages, les erreurs ou les fautes sont aussi vieux que la presse elle-même. Ils doivent trouver des solutions adaptées à ce qu’ils sont souvent, c’est-à-dire des actes commis de bonne foi sans intention de nuire à autrui. Mais le plus grave c’est quand ces dérapages deviennent une ligne éditoriale en elle-même, ou un fonds de commerce en activité,  qui a pour objet de booster la vente et les gains de ses promoteurs. Là ce n’est plus de la presse. Cela devient autre chose. La religion  de la vente a aussi ses fausses divinités dont le veau d’or n’est pas le plus emblématique.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *