Éditorial

Nous avions critiqué avec vigueur, il n’y a pas si longtemps, le PAM quand, par la voix d’un de ses leaders, il avait décrété la fin de la légitimité historique dans l’action politique. Il voulait signifier, maladroitement, peut-être, que les partis, désormais, doivent gagner leurs galons sur le champ de bataille électorale : programme, idées nouvelles,  élites qualifiées, etc. et non pas par une invocation quasi religieuse d’un passé qui n’est plus. Le PAM avait tort sur la forme car la légitimité historique est le ciment naturel de la vie institutionnelle de ce pays. Aujourd’hui, Abdelilah Benkirane, le leader du PJD, commet la même erreur mais en utilisant un procédé inverse. En voulant réduire strictement le champ partisan au périmètre des partis issus du Mouvement national, il exclut grossièrement le PAM, ce qui n’est pas la meilleure manière de le combattre, mais annule de fait un processus politique de 50 ans, chaotique, mais qui a été légitimement validé par de dizaines de scrutins électoraux dont les derniers sont de l’avis général irréprochables. Le PJD de Abdelilah Benkirane n’étant pas un produit pur jus du Mouvement national et étant lui-même le produit des dernières votations, il scie consciemment la branche sur laquelle il est assis. Prendre la parole dans des congrès surchauffés de partis amis, le MP en l’occurrence, et se lancer dans la politologie de tréteaux  est toujours un exercice dangereux. Le référentiel du PJD est connu. Pour un parti islamiste c’est la religion qui est la légitimité absolue. Elle est supérieure à toutes les autres. Que pèse la nation face à l’internationale islamiste ? Une Oumma virtuelle dont le leadership politique et moral échappe aux nations et aux Etats. Que pèse la légitimité démocratique quand on manipule politiquement, pour gagner des postes, la matière la plus fissible qui soit sous nos contrées qu’est la religion? Abdelilah Benkirane s’amuse en fait de ces histoires de légitimités terrestres, d’ici-bas. Lui, et ses amis, sont adossés à une légitimité éternelle, celle de Dieu. Contre celle-ci aucune commission électorale n’est compétente. Le dernier isoloir est à six pieds sous terre. Le taux de participation étant garanti par la grande faucheuse.

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