Éditorial

L’autonomisation de l’armée espagnole dans le champ politique de ce pays a toujours posé un problème. Cette armée qui était au pouvoir, de nature dictatoriale, bien évidemment, avant la transition ne semble pas s’être résolue à rentrer effectivement dans ses casernes et à laisser la démocratie prospérer. Elle agit comme un acteur politique en soi et interfère sur les décisions du  pouvoir politique de manière ostentatoire.  C’est dans les relations maroco-espagnoles où cette intrusion est la plus néfaste. La profonde crise économique que traverse l’Espagne a affaibli le pouvoir socialiste et a ouvert un boulevard devant les lobbies militaro-franquistes agglutinés autour des nostalgiques du colonialisme et leurs amis du Parti Populaire. Que les notes des services de renseignements de l’armée espagnole  considèrent que le développement accéléré du Nord du Maroc et  particulièrement  la mise à niveau territoriale profonde du duopole Nador-Al Hoceima modifie la donne géopolitique de l’environnement  de Sebta et, surtout, Mellilia, cela ne peut être reçu que comme un hommage à la politique inlassable et déterminée menée par SM le Roi dans cette région. Il est clair quand on n’est pas dans une logique de bon voisinage «stratégique», quand on reste agrippé à une logique coloniale obsolète, quand on n’envisage pas son flanc sud comme un atout de coopération, de partenariat et de croissance mais comme une menace ou une donnée hostile, on tombe dans les petits calculs sans lendemain, les petites combines, et les petites provocations. L’absence de mise à niveau démocratique de l’armée espagnole, les effets pervers de la loi mémorielle — refus de lire la page du passé dictatorial avant de la tourner —  et les velléités politiques de cette armée jettent un sérieux voile sur l’avenir des relations entre les deux pays. La politique de développement souveraine suivie par le Maroc au nord du pays, et sur laquelle veille le Souverain en personne, rendra pacifiquement caduque, et  dans des délais  «géostratégiques» assez brefs, l’occupation espagnole des villes marocaines de Sebta et Mellilia. Les intrigues et les provocations du lobby militaro-franquiste  n’y pourront rien sauf nuire  à ce que les politiques responsables, des deux pays, ont construit avec beaucoup de patience et de réussite ces dernières années.

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