Éditorial

Le tour de vis que s’apprête à donner le gouvernement aux dépenses de l’Etat n’a pas l’air d’être très rassurant. On ne sait pas le montant des coupes et, avec précision, où elles vont être faites. Quels sont les départements qui vont être touchés et pour quel type d’activité. La masse salariale seulement ou toutes les dépenses ? Les offices? Lesquels ? Quid de l’investissement, le moteur de la croissance ? La prestation du ministre des finances, Salaheddine Mezouar, au Parlement, à la commission des finances, devant des élus réputés peu qualifiés, est restée très vague, macroéconomique, comme il se doit, comme si ses interlocuteurs n’étaient pas suffisamment habilités à recevoir la vérité des chiffres. La crise est cependant là. Le déficit se creuse. Et la Caisse de compensation — la véritable réforme sur laquelle tout le monde louvoie, et que personne ne veut assumer — est vide. Alors que faire? La flamme du dragon s’est-elle éteinte ? Le peu de fumée qui s’échappe encore des naseaux laisse-t-il craindre le pire ? Le ministre a donné des pistes, elles sont loin de ne pas être sérieuses ou d’être insignifiantes mais nous sommes dans un pays qui malgré les insuffisances de sa démocratie — il faut du temps pour construire de vrais contre-pouvoirs ressentis comme étant légitimes par le pouvoir lui-même — mérite un vrai débat économique. Le vrai débat, au-delà de l’impérialisme actuel de la communication, et des stratégies d’influence, consiste à interroger, chez nous, en temps de crise, la parole technocratique qui s’avère ne plus avoir des réponses à tout. M. Mezouar aurait tort de sous-estimer l’inquiétude profonde de l’opinion publique sur les questions économiques. On ne peut pas annoncer à des gens qui ont toujours vécu dans l’insuffisance, la rareté, voir l’indigence que l’on va passer à l’austérité sans leur expliquer de quelle opulence il faut qu’ils se repentent ou de quels excès il faut qu’ils se défassent. Il faut expliquer par tous les moyens qu’exige le droit des citoyens à l’information, et qui existent, comment, dans les détails, nous allons faire face à la crise. L’Etat est responsable de son train de vie. De ses déficits. Mais il est aussi comptable de son efficacité, de son efficience et de sa capacité à booster l’économie en créant les opportunités d’investissement et de croissance. Il est temps dans le domaine économique de prendre les Marocains pour des personnes adultes et de consentir à descendre des factices promontoires technocratiques pour leur expliquer véritablement ce qui se passe.

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