Éditorial

Comment on reconnaît les paysages d’un pays sous-développé ? La laideur, l’absence d’harmonie et surtout la saleté qui marque ces espaces. Tout cela dénote d’une incapacité totale à maîtriser les impacts négatifs de l’activité de l’Homme sur son environnement. Cette définition sommaire serait trop confortable si les pays dits développés ne partageaient pas — peut-être plus gravement car les activités y sont plus intensives, plus élaborées et plus complexes — cette absence de maîtrise des impacts environnementaux avec les pays du Sud. Mais le propos n’est pas là. Balayons devant notre porte. Le projet de loi, proposé par le ministre de l’Industrie, du Commerce et des Nouvelles technologies, M. Ahmed Réda Chami, et voté par la Chambre des représentants, qui vise à chasser le sac de plastique noir de notre environnement est un grand pas pour l’humanité marocaine. Ce sac noir immonde, non dégradable, non biodégradable, est devenu notre cauchemar, notre honte, notre cicatrice. On en a tapissé notre vie, des campagnes les plus oubliées aux cités les plus perdues. Il est devenu la marque de fabrique de nos balbutiements industriels, l’emblème de notre décollage économique reporté et de notre mise à niveau improbable. Il symbolisait les gros, noirs, nuages de nos incertitudes, de nos échecs, ceux-là mêmes qui font les pluies sociales acides et les coups de sang orageux des gens de peu. La mort du sac noir est désormais programmée par la loi. Qu’il crève ! Dans le droit fil de ce vote parlementaire heureux, il y a eu le même jour, proposé par le même ministre, un cadre légal, une loi, pour défendre les consommateurs que nous sommes. Il s’agit de donner à ces consommateurs, qui sont également des citoyens des droits sur ce qu’ils «consomment» sans pouvoir s’exprimer sur la qualité du bien ou du service. Maintenant, c’est fini, le client que l’on chope va devenir un consommateur avec des droits. On a du mal à le croire tellement la culture de l’arnaque, de la triche et du «fourguage» est enracinée dans nos mœurs. Mais il n’est pas interdit d’espérer et de croire que ces deux hirondelles législatives feront le printemps.

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