Éditorial

Deux magistrats du Conseil supérieur de la magistrature sont déférés devant ce même conseil en tant que conseil disciplinaire. Ils sont accusés d’avoir divulgué à la presse des délibérations de leur conseil avant que celles-ci, les délibérations, ne soient portées à la connaissance de leur président qui s’avère être constitutionnellement  SM le Roi. Les faits sont graves en eux-mêmes. Le fait que la presse, dont l’étoile ne brille pas au firmament institutionnel ces derniers temps, soit impliquée dans cette affaire très sensible rend les circonstances aggravantes. Un vrai psychodrame a eu lieu lors du week-end de la fête du Trône qui a vu  le journal qui a publié des éléments du PV provisoire du Conseil inviter vigoureusement à révéler ses sources au point de menacer d’infliger au directeur de cette publication, un leader du secteur, président d’un grand groupe multimédia  et past-président de la FMEJ, les affres  d’un interrogatoire, dans sa forme, hasardeux, inutile  et inopportun. Cette affaire de sources était un secret de Polichinelle. Cela fait longtemps que certains magistrats ont pris l’habitude de fréquenter les journalistes. Le ministre Mohamed Naciri a raison de penser que les adversaires de la réforme de la justice se recrutent en plus grand nombre au sein de la justice elle-même. Certains journalistes sont instrumentalisés. Régulièrement la presse à sensation suppure de révélations téléguidées pour contrarier tel ou tel cours des évènements liés à la réforme de la justice, ou telle ou telle disposition, notamment disciplinaire, liée à la carrière de certains magistrats. Cela est honteux. Non pas pour la presse qui fait son métier tant bien que mal. Étant dans son rôle, elle révèle ce qu’elle peut. Et la loi à laquelle elle est soumise est là pour départager la fausse info de la vraie. Mais dans le cas qui nous intéresse, ce n’est pas une affaire de presse, c’est une affaire de magistrature — le ver est dans le fruit — qui se voit éclabousser par un opprobre que ce corps ne mérite pas dans son entièreté. Dans notre pays, toutes les affaires deviennent des affaires de presse.  C’est, dans la culture marocaine, le syndrome du coiffeur qu’il faut pendre quand un minaret s’écroule. Comme on élimine le messager porteur d’une mauvaise nouvelle. La raison en est simple, tous les acteurs de la vie publique n’assument pas toujours leurs responsabilités. Et il est, bien évidemment, plus facile de stigmatiser la presse, surexposée par nature, que les autres acteurs  de la société. Il faut remettre de l’ordre dans tout cela.

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