Éditorial

M.  Alfredo Perez Rubalcaba, ministre de l’Intérieur de l’Espagne, a pu se rendre compte sur place que les récriminations marocaines sont fondées. Sa réputation d’homme d’Etat et de sagesse politique l’a précédé. Il saura donc distinguer les excès racistes de la Guardia civil de Mellilia, qui empoisonnent inutilement les relations bilatérales, des intérêts denses et multiformes partagés entre les deux pays. Les poussées de fièvre entre les deux Royaumes sont régulières. Les sujets de discorde ne manquent pas. Le statut des villes marocaines occupées, le trafic de drogue, l’immigration clandestine, le terrorisme, le racisme contre «los moros», la question du Sahara, etc. Mais ces sujets ne sont pas nouveaux, concomitamment à leur existence une relation bilatérale authentique, réaliste et mutuellement profitable a pu être créée ces dernières années notamment avec le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero. Le problème de fond c’est que les milieux sécuritaires espagnols nourris de la vulgate de la droite néo-franquiste, après l’avoir nourri eux-mêmes pendant des années, ont une vision stratégique fausse du Maroc. Quand la droite — souvent après avoir développé des thématiques électoralistes frondées sur la peur, le racisme, et le bellicisme anti-marocain — est au pouvoir, le Maroc devient un ennemi. Quand la gauche, plus rationnelle, plus européenne et plus au fait des intérêts réels et durables de l’Espagne, lui succède, la Monarchie chérifienne devient un partenaire. Aujourd’hui, nous sommes dans un entre-deux, un clair-obscur, un gouvernement affaibli par la crise, des services de sécurité autonomisés et sous influence, et une droite sous-développée intellectuellement et plus «tiers-mondisée» que jamais qui s’apprête à revenir au pouvoir.

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