Éditorial

Les propositions du PAM concernant le projet de régionalisation élargie au Maroc ne sont pas passées inaperçues. Elles ont fait florès. Le débat est tranché mais démocratique. Ce sont les dispositions concernant le Sahara qui suscitent le plus de passion. Et c’est compréhensible. Il y a deux raisons formelles à cela avant d’aller au fond. La première c’est que le PAM n’est pas tout à fait un parti comme les autres. Il est nouveau, il a du succès et il a été porté sur les fronts baptismaux par des personnalités emblématiques. La deuxième raison est que le patron de ce parti est un Sahraoui. Un Sahraoui légitime dont la famille est partagée entre les deux côtés du mur de sable. Alors, quand on trouve dans la proposition de ce parti des idées iconoclastes comme appeler la région : «Sahara occidental» ou réduire le territoire de cette région marocaine à la zone de conflit, les idées reçues sont un peu bousculées. Dans notre esprit, l’esprit de la plupart des Marocains, l’appellation «Sahara occidental» —une terminologie géographique in fine assez neutre puisqu’elle tire sa substance sémantique d’un point cardinal — a toujours induit le séparatisme ou les prises de positions de ceux qui sont réservés ou hostiles à l’unité du Royaume. C’est une expression simple que nous avons nous-mêmes chargée d’un sens politique très dense. Ce n’est ni un concept ni une construction théorique dont le sens est intimement lié à l’articulation des idées qui la nourrissent. Comme la carte n’est pas le territoire, le mot, ou l’expression, non plus ne peuvent pas, à eux seuls, restituer toute la complexité humaine et sociale d’un paysage ou d’un territoire. Sauf que pour ce qui nous concerne, dans la vraie démarche qui est celle du Maroc de donner une chance à la paix dans ce conflit, il semble — et c’est peut-être là l’innovation de la proposition du parti de Cheikh Biadillah — qu’il n’y ait plus de tabous ou de frilosité. On peut tout imaginer, tout faire, tout dire, tout discuter dans le cadre clair, net et précis de la proposition marocaine d’autonomie. L’appellation Sahara occidental, pour nommer nos provinces du Sud, ne sera peut-être pas retenue mais elle aura eu le mérite d’ouvrir les esprits sur le fait que dans une négociation pour la paix, on donne et on reçoit, sans complexes, ni fixations, ni rigidités. De bonne foi. Encore faut-il que cette bonne foi soit partagée. C’est cela que M. Christopher Ross doit constater sur le terrain, s’il veut sortir, lui aussi, de son schéma mental actuellement un peu bloqué.

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