Éditorial

La réaction du parti de l’Istiqlal à la visite de Mariano Rajoy, le patron du Parti Populaire espagnol, à Mellilia est saine et politiquement correcte. Elle tranche avec le silence habituel des partis politiques marocains devant les provocations espagnoles. Nonobstant la réactivité du PAM, un parti de création récente, sur certains sujets, la règle est le refuge dans le silence. Cette situation est préjudiciable à toutes les causes légitimes — toutes en relation avec son unité territoriale — que défend le Maroc dans un environnement régional souvent hostile. La vocation constitutionnelle des partis politiques est d’encadrer l’expression politique des citoyens mais aussi de faire valoir les intérêts politiques du pays par la défense de ses causes fondamentales. Revenons au Parti Populaire espagnol, le parti de droite néo-franquiste, souvent ouvertement hostile à notre pays. Il gagnera probablement les prochaines élections législatives de 2012. Qui le connaît ? Qui a des relations avec ses leaders? Qui peut démarrer un débat pédagogique avec lui pour lui expliquer ce qu’est le Maroc de Mohammed VI ? Qui peut faire avancer des idées en rupture avec les stéréotypes véhiculés à longueur de colonnes par les médias espagnols de «monarchie médiévale expansionniste attentatoire aux droits de l’Homme» ? L’on voit bien que le chantier pour restaurer nos relations dégradées est énorme, le déficit d’image est terrible, et le malentendu profond. Il faudrait une vraie mobilisation — partis politiques responsables, société civile de bonne foi, organisations professionnelles sérieuses, investisseurs conséquents, etc. — des deux côtés du détroit pour améliorer un tant soit peu les choses et maintenir un minimum de respect mutuel. Sinon, on va attendre passivement la victoire de la droite aux élections, et on va se mettre à hurler aux loups. La vie politique espagnole est pendulaire. Elle fonctionne sur la base de l’alternance démocratique au pouvoir. On devrait pouvoir défendre normalement nos intérêts quel que soit le locataire de La Moncloa. On ne peut plus décemment s’enfermer dans des alliances captives qui font que cela passe bien qu’une fois sur deux alors que notre partenaire est unique, c’est toujours l’Espagne. Nous avons toujours essayé de faire valoir les intérêts de l’Espagne avec le Maroc, et au Maroc, en s’appuyant sur la permanence et la continuité de l’Etat espagnol en faisant fi des postures politiciennes produites au hasard des convulsions de la démocratie espagnole. Surtout quand le cycle était négatif comme lors de la très conflictuelle parenthèse aznarienne. Mais à l’évidence, et pour rompre avec les erreurs du passé, le Maroc doit commencer à restaurer ses relations politiques avec l’ensemble des acteurs de la vie démocratique espagnole. Sans exclusive.

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