Éditorial

Les Sahraouis posent à l’Etat marocain une question de fond. Ils veulent — dans un environnement régional menaçant pour notre unité nationale — construire  des rapports avec l’Etat en qualité de tribus, ou au mieux en qualité de sujets de la Monarchie, et non pas en qualité de citoyens vivant dans un Etat de droit. De fait, ils veulent, par une forme de régression intéressée, annihiler les efforts consentis en plus de 50 ans d’édification d’un Etat moderne dans une nation solidaire pour favoriser une «re-tribalisation» de la société sahraouie à la faveur du projet d’autonomie au Sahara. Ce projet, dans ce contexte régressif, et dans la perspective d’un retour massif des séquestrés de Tindouf, va à l’évidence exacerber les demandes tribales —essentiellement fondées sur des rentes —, les plus farfelues, et les plus radicalement incompatibles avec les exigences élémentaires  d’un Etat moderne. Le Maroc est face à un choix.  Soit considérer le Sahara comme une région marocaine relevant du droit coutumier et s’y conformer. Et ne plus, par exemple, menacer de la Cour des comptes un wali ou un gouverneur qui a favorisé la cession d’un lopin de terre ou de quelques dizaines d’appartements à un chef de tribu particulièrement récalcitrant ou belliqueux. Ou alors considérer que le droit positif, moderne, s’applique à tout le territoire national et auquel cas ne pas tolérer la surenchère tribale — dans les formes, un chantage — et prendre les mesures de sécurité publique qui s’imposent en cas de dépassements graves. Chaque option a son coût. Mais dans les faits, c’est l’absence d’option qui coûte le plus cher politiquement.

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